Des émotions encore des émotions

Une amie m’écrivait dernièrement qu’au moment de se laisser aller à une émotion habituelle de colère, dans une situation qui lui semblait toujours la justifier, elle avait senti en elle, au coeur de son attention en éveil, juste derrière le bruit de la colère en train de monter, un lieu, un espace qui avait coupé court à cette montée en puissance qui allait l’emporter. Quel bonheur! En un instant, l’attache réactive à l’émotion s’en était allée et la colère vue n’a pas été extériorisée, son énergie s’est déployée et redistribuée dans l’océan pacifié du corps.

C’est ce que la méditation nous aide à faire en apprenant à défaire. Lorsque l’observation devient concomitante à l’attention pleinement éveillée, alors la présence a cette rapidité de lâcher-prise et un mieux-être s’ensuit.

Pouvoir identifier les émotions quand elles paraissent, même les plus douloureuses, les plus tenaces, les plus associées à notre tempérament, notre caractère, je suis comme ça, nous permet de voir que la plupart de ces émotions sont des conditionnements jamais remis en question. Si nous pouvons les voir et changer notre relation à ces émotions, alors l’énergie emprisonnée dans la saisie sera disponible pour faire d’autres choix, plus en lien avec ce que nous voulons vraiment manifester.

A moins d’aimer être en colère, violent, faire mal, blesser, etc. la plupart du temps nous subissons nos émotions, ce ne sont pas des choix libres et judicieux. Nous avons de belles aspirations mais dérapons sur le carrelage savonné de nos blessures guerrières. Je le rappelle ici la méditation ne s’intéresse pas à l’histoire de nos émotions, à les analyser. C’est un autre genre d’approche que l’approche thérapeutique. Ce qui ne l’empêche pas. Celle-ci peut être tout-à-fait complémentaire lorsque certaines émotions nous handicapent dans un domaine de notre vie.

En effet nos pensées comme nos émotions peuvent appartenir à d’autres, personnes ou moment de notre vie où une partie de nous même est restée bloquée. Nous avons alors besoin d’en parler, de décrypter ces scénarios, pour nous en libérer non pour en être l’incessante victime.

Dans l’approche que je propose de la boussole, je mets toujours au centre la méditation comme une capacité d’observation et d’attention nécessaire si nous voulons changer quoi que ce soit dans notre esprit. La nature de l’émotion reste la même que celle des pensées dans ce flux incessant de notre monde intérieur. Néanmoins nous pouvons apprendre à questionner l’émotion, de face, pour mieux connaître ses racines dans notre personnalité. Questionner dans l’ouverture de l’attention éveillée est une pratique. Non pour obtenir des certitudes mais pour être à l’écoute des sensations, de leur vérité.
Lorsque nous sommes manipulés par nos émotions, nous avons des comportements irrépressibles et fascinés.

Si nous sommes dominés par le désir, nous allons être obsédé par comment obtenir à tout prix ce que nous voulons. Et une fois ne suffira pas. Ce sera en général l’escalade. Méditer consiste à interroger ce désir, à le prendre comme objet pour se relier à la sensation qu’il y a derrière. Qu’est-ce qui déclenche ce désir? Est-ce un sentiment de vulnérabilité? d’insécurité? qu’est-ce qui est à l’origine de cette avidité insatiable?
Ce qui nous domine pourrait être la colère, la rage, comme mode de réaction habituelle face à tout ce qui arrive. Dans cette tonalité agressive, la réponse aux situations sera un déchaînement de violences verbales, physiques, d’un coup de pied à des gestes plus graves, envers soi ou autrui. Prendre la colère, l’aversion comme objet de méditation est possible, si nous le souhaitons, apprendre à regarder l’émotion pour ressentir ce qu’elle veut nous dire, plus en profondeur de nos souffrances. Ce qui se cache dans l’émotion est alors une énergie précieuse pour aller vers l’intégrité de soi.

Si ce qui nous domine est une forme d’indifférence, d’inertie, de paresse, alors on aura tendance à fuir, à se réfugier sous sa couette, à faire le mort, à être aux abonnés absents, comme s’il ne se passait rien. Indifférence, déni, démission de la vie, au final génèrent beaucoup d’arrogance et d’exclusion. Répondre par l’indifférence c’est considérer que ce n’est pas mon problème, ne me dérangez pas, laissez-moi vivre en paix. L’indifférence est très répandue, contrairement à ce que nous pourrions penser. Elle est un obstacle à la compassion, à l’empathie, à la bienveillance.
Ces réactivités de base : désir, aversion, indifférence donnent lieu à toutes sortes de bobines émotionnelles avec lesquelles nous allons tisser nos relations.
Il y a donc un potentiel à explorer. regardons attentivement nos émotions, observons les. ce que la méditation nous apprend à voir dans la tranquillité d’un moment, mettons-le en oeuvre en toute situation.

Méditer concerne toutes les situations de notre vie à partir du moment où nous sommes dans cette conscience d’attention en éveil. Le coussin n’est pas s’endormir, se dorloter, se conforter. Il est là pour nous éveiller, sentir le grain de riz des souffrances sous la peau, arrêter de fuir. Inévitablement cela aura une incidence, des pieds à la tête, dans nos façons d’être et d’agir.
Par exemple, si nous prenons conscience que nous souhaitons agir avec plus de liberté, de choix et donc moins de colère, si c’est cette émotion qui nous domine, mais vous pouvez en prendre une autre, alors nous apprendrons à reconnaître les moindres signes avant-coureurs en nous de la venue de cette émotion. Nous pourrons voir qu’elle est une tendance qui est là et ne pas se sentir obligé de la choisir comme mode de réaction.
Nous pouvons travailler ainsi : d’abord il y a une première réaction, je l’observe, ensuite vais-je agir selon cette réaction? quelles en seront les conséquences pour moi et autrui? comment ai-je envie d’agir pour me sentir en cohérence, en congruence avec moi-même?
En se posant ces questions régulièrement avec attention, en nous accordant des temps  dans le silence et l’ouverture de la bienveillance, nous pourrons voir que le changement est possible, et connaître ces petites victoires dont nous serons fiers-ères, avoir choisi d’être qui nous voulons être dans la réponse à l’instant, plutôt que d’avoir été le jouet une énième fois de nos séduisants mais épuisants démons.

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