Rentre chez toi

Nous avons tendance à être fasciné par les situations extérieures et ce qui nous arrive en général, ce que nous vivons justement comme « extérieur », venant d’ailleurs, ce sont : les phénomènes qui nous tombent dessus, certains plaisants et d’autres moins. Comme en ce moment, nous subissons la pandémie qui oblige au confinement. Et c’est bien normal de nous sentir parfois tout petit et impuissant, voire contrarié face à ce qui arrive. On oublie facilement que les vents tournent comme on dit, et que nous ne contrôlons pas dans quelle direction ils vont aller.

Les formes extérieures nous fascinent, comme les géants des contes. D’un autre point de vue, elles sont toujours changeantes, incertaines, instables, ces formes. Or nous cherchons à nous sécuriser à travers ces formes extérieures éphémères, quand nous n’y sommes pas complètement identifiés, que ce soit des objets, des biens, des personnes, des rôles. Rien de mal à cela. Mais quand même, cela ne va pas sans déconfiture.
Quand les formes extérieures s’effondrent, se dégradent, cela peut aussi être notre propre corps soumis à la vieillesse, à la maladie, bien sûr, c’est l’opportunité d’apprendre quelque chose sur notre tendance viscérale à l’attachement, et allons plus loin, forçons le trait, la tendance à être attaché à l’attachement.

C’est plus cet attachement aux formes que les formes elles-mêmes qui posent problème. Ces formes extérieures viennent percuter, résonner avec les formes intérieures, les pensées, les croyances, les émotions, le ressenti personnel, notre subjectivité. Face à l’événementiel, il y a ces formes intérieures, notre monde intérieur existentiel.
Selon ses croyances, ses schémas, son vécu, chacun va avoir une façon différente de ressentir ce qui arrive. Cela ne signifie pas que les événements ne sont pas importants. Et on peut comprendre la gravité de certaines situations évidemment mais la façon dont intérieurement nous allons vivre ce qui se passe dépend de ces personnages de notre passé, tous présents là aujourd’hui, avec le nous cohérent que nous essayons d’être. Certaines parties, aspects de nous, ont été laissé en cours de route, sur le chemin de notre intériorité, parce que nous n’avions pas les moyens à l’époque de les intégrer. Inutile de se culpabiliser, cela s’est fait à l’insu de notre bon gré. Heureusement, aujourd’hui, par ces prises de conscience de souffrances répétées, il est possible de faire de la place à nouveau à ce qui était exclu.

Le travail thérapeutique aide à nous rendre plus spacieux, plus ouvert, plus fluide, mais cela reste encore lié à des formes. Nous passons beaucoup de temps, d’énergie, à essayer de résoudre nos conflits. Notre vécu, notre histoire, est une source d’apprentissage pour peu que nous soyons capable de regarder ainsi, à l’intérieur de nous, sans nous juger. Nous apprenons à voir nos attachements, nos saisies, nos ressentis, comme la vraie cause des souffrances. Et toutes ces formes aussi sont transitoires, éphémères, impermanentes et vouées à disparaître. Combien de pensées, sensations, émotions en une journée? Au passage, j’en profite pour vous demander : d’où viennent-elles et où sont-elles parties?

En réfléchissant à cela, nous pouvons alors porter un autre regard sur la souffrance, sur ce qui est la vraie cause de la souffrance, et les remèdes à appliquer. Finalement nous n’avons pas encore fait le voyage jusqu’à nous, pourtant tout proche, trop proche.
Juste à côté de nos souffrances, il y a une autre dimension, c’est celle de l’espace, de l’être que nous sommes, de la vraie nature de l’esprit. C’est l’espace clair, ouvert, sans forme, sans pensée, infiniment vivant, vacuité-plénitude.
L’absence de formes, de pensées, d’images, et la paix adamantine qui en résulte est la conscience claire qui se perçoit elle-même dans cette vacuité plénitude. Percevez-vous cela? Percevez-vous cette présence que vous êtes, à un moment de votre journée par exemple ou dans la méditation? Ouvert, vide, sans pensées, sans images, sans formes, sans entraves, clair, auto-connaissant, plénitude, sans aucun manque, percevez-vous cela?

L’espace n’est pas une expérience à fabriquer pour s’y réfugier. C’est la véritable nature de l’être que nous sommes, c’est la dimension ontologique si l’on veut, le sans forme de l’être, par rapport à toutes les formes de la dimension psychologique, existentielle et événementielle.
Méditer est ce rentrer chez soi, là où il n’y a plus de frontières entre intérieur et extérieur. Du sans forme s’élèvent les formes, toutes les formes, et leur nature est d’être composée donc de se décomposer, à la différence de l’espace insaisissable, jamais né, et donc non soumis à la mort.
Si nous essayons de nous interroger sur ce que cela peut être, mais pas trop, et en même temps d’en faire l’expérience directe dans la méditation, même si le mot « expérience » est suspect car encore trop duel, alors regardez la lune plutôt que le doigt, si vous êtes d’accord.

Même si nous ne réalisons pas encore cette nature de l’esprit, méditer nous rendra plus fluide, plus ouvert, plus spacieux, même en un sens duel et relationnel, nous pourrons accueillir toutes les formes dans nos vies avec moins d’attachement et plus de bon sens. Inutile de souffrir plus que déjà. Il n’empêche que c’est souvent par la souffrance accueillie que l’orgueil se tarit et laisse place à l’ouverture que nous sommes.
rentre chez toi
observe il n’y a ni soi ni autre
ôte la carapace et laisse ce qui voit
voir juste l’infinie clarté de l’ouvert 

Retrouvez toutes les activités proposées pendant le confinement

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