S’écouter au détriment de la discipline?

Doit-on s’écouter au détriment de la discipline? demande Nathalie qui souhaite vivre ces temps de confinement dans l’esprit d’une retraite.
L’esprit d’une retraite et la discipline qu’on décide de mettre en place peuvent se résumer comme le fait de renoncer à des habitudes basées sur des automatismes, des manques, de l’inertie, une tendance à procrastiner ou à chercher des distractions à tout va, que ce soit en regardant l’herbe pousser ou en étant accro aux infos de tout réseau.
La journée peut passer lentement et vite à la fois pour constater le soir venu que l’on n’a rien fait de constructif ou qui aurait eu du sens pour nous. Ce qui affaiblit notre énergie. Cela peut nous désoler, nous mettre en colère contre nous-même. Voilà comment on peut se gâcher la journée, voire la vie. Nous savons toutes et tous que nous avons besoin de nous secouer les puces régulièrement. Il y a des choses que nous n’aimons pas faire, que nous redoutons d’affronter, c’est donc de celles-ci que nous devons d’abord nous occuper.
Nous perdons de notre cohérence lorsque nous ne faisons pas ce qui donne du sens, ce qui a de la valeur à nos yeux, ce qui compte. D’où l’importance de connaître ce que nous aimons, de faire plutôt que de subir. Faire preuve d’autodiscipline c’est re-prendre sa journée en mains et cela est très positif, à tous points de vue. Ce n’est pas une punition mais au contraire rassembler toute son énergie, toutes les parties de soi vers le coeur de son être. Et ré-investir sa propre puissance.
Lorsque l’on aime ce que l’on fait, on a naturellement de la discipline, au sens où l’on s’absorbe facilement dans ce qui réclame notre attention, quoique ce soit, on est présent, dans une conscience affinée.
Bref, l’autodiscipline c’est remplacer des habitudes par d’autres. D’ailleurs, on peut définir la méditation comme la mise en place d’une nouvelle habitude destinée à rompre avec les anciennes.  Ces vieilles habitudes créent des cycles de mal-être, usent notre regard, nous engourdissent.  Bous souhaitons alors, à la faveur d’un réveil, d’une brèche, d’un éclair, d’une intuition, rompre avec l’automate que l’on est devenu avant le stade final de zombie. On peut même être très attaché à des habitudes nocives connues depuis si longtemps qu’elles ont valeur de sécurité, de confort même si on perçoit au fond de soi qu’il y a là quelque chose de dysfonctionnel à changer.
Ce qu’il y a à entraîner, couper, rediriger, pour nous aider à changer, nous l’appelons discipline. Elle repose sur cette motivation à mettre en place de nouvelles habitudes, vers un mieux être, pour rompre avec les vieux rois et reines de notre royaume actuel devenus obsolètes.
En clair, nous allons être confronté à des parties de nous très attachées aux habitudes anciennes, et des parties de nous qui veulent ouvrir un nouveau chemin. Au départ, la motivation donne un élan, une impulsion qui fait démarrer, ensuite inévitablement, les obstacles apparaissent.
Nous allons faire face à l’ennui, au fait qu’il ne se passe rien, douter, etc.
Sachons qu’une fois la jaillissement et l’élan enthousiaste qui nous a poussé en avant levé, une phase de rétractation nécessitera de notre part un second et véritable engagement. Le premier oui au changement est celui qui lève l’élan, le second est celui qui va sauter les obstacles. On se prépare à ce double oui.
Peut-être que la première journée se passe bien. Et ensuite au bout de la deuxième déjà on s’octroie des absences, des billets d’excuse aux temps de pratique qu’on avait fermement décidé. Rappelons nous, pour mémoire, que c’est nous qui avons choisi de nous mettre dans cette situation d’autodiscipline. Le rappel de ce choix peut aider, la motivation à changer véritablement peut aider, le fait de rester ouvert et compréhensif envers soi peut aider. Compréhensif mais non complaisant.
Si nous échouons et repartons dans nos vieux schémas, nous observons cela simplement.
Et humour oblige! on décerne le prix du meilleur démon à qui de droit.
Pas la peine de se flageller juste s’encourager à mieux le lendemain, en incluant cette fois les visiteurs de la forêt venus tester l’ermite. Si nous sommes persévérant, et en avons vraiment assez de certains schémas, alors nous retrouverons tôt ou tard le fil. Nous sommes le fruit d’habitudes, de pensées-croyances qui ont forgé notre caractère voire notre destin diraient certains.
Semer une nouvelle habitude est comme tracer un nouveau chemin dans la forêt qui n’y était pas avant. A force d’y passer encore et encore, le chemin devient visible et la possibilité de l’emprunter plus évident.
Nous pouvons lever une énergie à la hauteur de nos vieilles habitudes. Cela demande de remettre encore et encore son ouvrage sur le métier, sans se décourager. En voir des bienfaits nous incitera à y revenir. Comme dans n’importe quelle dépendance, il y a des attitudes pulsionnels de compensation, de frustration qui exacerbent les besoins, voire les rendent impérieux. Petit à petit, nous détendant dans l’espace de l’esprit, nous voyons qu’il est possible de laisser passer la frénésie des petits démons intérieurs et qu’ils aiment aussi aller dormir une fois leur agitation exprimée, à condition de ne pas les écouter trop longtemps, juste ce qu’il faut pour asseoir la grenouille.

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