Comment lâcher l’attente?

Comment lâcher l’attente ou juste l’espoir de passer une bonne journée, après ce que je ressentais comme une bonne pratique? Ma question est un peu naïve rajoute Annie.
Rassure-toi Annie ta question nous donnera l’occasion d’éclairer ce phénomène spirituel très répandu, l’attente de résultats. C’est ce que l’on pourrait appeler une forme de matérialisme spirituel.

Nous pratiquons pour que tout se passe bien, pour conjurer les mauvais sorts, et si tout nous semble cool sur le coussin alors nous en déduisons que nous avons réussi. Nous nous baladons alors dans le monde des dieux du samsara, et en plein milieu de cette extase du bien-être, vlan! on se prend une brique sur la tête.
Nous faisons tous cette erreur, à un moment ou à un autre, d’utiliser la méditation pour améliorer les illusions plutôt que pour nous en détacher. C’est fréquent. C’est donc un obstacle à repérer sur la voie, cela fait partie du voyage.

Plutôt que de laisser l’esprit dans son ouverture nous montrer la nature de la réalité en profondeur, nous solidifions ses effets. Nous voulons des résultats. C’est que méditer peut vouloir dire beaucoup de choses, dans le fond, tout dépend de ce que nous cherchons.
Quelle est notre quête? Cherchons nous juste à passer de bons moments, selon nos préférences? ou cherchons nous à mieux nous connaître, et à voir comment parfois nous instrumentalisons les pratiques spirituelles pour conjurer les maux de l’existence sans nous remettre en question?
Au samsara extérieur répond le samsara intérieur. C’est là où les petits démons rigolent, avec un virus qui plane au-dessus de nos têtes, l’ambition de passer une bonne journée peut facilement basculer, de toutes les manières possibles. Rappelle-toi des six mondes, de la roue qui tourne, des états de conscience conditionnés qui font chuter d’un bonheur à l’enfer en un seul claquement de doigt. Oui cela arrive tout le temps. C’est pourquoi tu penses ta question naïve mais elle ne l’est pas, elle est même au coeur de la pratique.
Est-ce que je renforce les tendances ou fascinations d’un pseudo confort samsarique? Ou est-ce que j’accepte d’être déstabilisé-e et de lâcher mes repères habituels?
Lorsque nous parlons de lâcher-prise, cela signifie que nous acceptons d’intégrer, de ne rien exclure, de ce qui se présente, est-ce bon? Est-ce mauvais? Qui sait au final? Bon pour qui? Mauvais pour qui?
Si je mets des conditions à ma journée pour définir qu’elle aura été bonne, alors il y aura très peu de bonnes journées. Car la vie, par définition, est dérangeante. Et même lorsqu’il n’y a pas de grands événements, notre propre agacement intérieur suffit. Notre météo interne change sans prévenir, et affiche sur l’écran mental des zones très turbulentes.

Pratiquer la méditation c’est se méfier de la réduire à un moment où l’on s’est senti zen, c’est rester vigilant-e toute la journée à nos états intérieurs, une vigilance qui est juste observation détendue et naturelle, dénudée comme un ciel limpide qui voit les nuages passer ou s’accumuler, sans en être fondamentalement troublé.

Ce que tu peux te demander, chère Annie, c’est à quel moment tu as vu que tu étais déçue, et comment ce que tu n’attendais pas s’est présenté à toi et t’a déstabilisée?
Au moment où cela s’est passé, qu’as-tu ressenti?
Nous attirons ce sur quoi nous nous focalisons. Le fait de se focaliser sur une bonne journée telle que tu l’entends exclut toutes les autres possibilités qui sont peut-être alors redoutées, tapies dans l’ombre inconsciente. Ces possibilités redoutées peuvent attirer à toi ce que tu crains le plus. Examine si derrière cette journée que tu sentais tranquille, il n’y avait pas subrepticement des craintes, des peurs, des angoisses. La surface de l’eau peut-être calme mais dessous les crocos guettent les oiseaux.

Avoir des attentes c’est mettre des conditions à être bien. Évidemment on a tendance à préférer de bonnes conditions extérieures, et réjouissons nous si c’est le cas,  mais elles seront toujours fluctuantes. Il est donc raisonnable d’intégrer cet élément de fluctuation dans notre pratique et nous préparer à ce que notre esprit ne soit pas surpris quand ce que l’on n’attendait pas arrive. Car attendre c’est aussi attendre ce à quoi on ne s’attendait pas.

Bien que je ne sache pas ce qui a gâché ta journée, il est évident que cela t’a déstabilisée. C’est comme se dire que l’on va bien manger pour être en bonne santé, ce n’est pas parce qu’on fait attention une journée, que cela aura des effets à long terme. Nous devons persévérer pour voir les bienfaits, il y aura des hauts et des bas forcément, des désintoxications nécessaires, puis nous passerons des étapes jusqu’à avoir suffisamment de connaissance et d’expérience pour déjouer les mauvaises habitudes et que cela soit une seconde nature.
La méditation n’empêche pas les choses d’arriver. Lorsque tu te questionnes ainsi et revisites là où tu as manqué d’attention peut-être c’est aussi la méditation, son effet. Tu continues à t’interroger sur toi-même, sans jugement ni culpabilité. Tu avances en amitié avec qui tu es, sans exiger d’être quelqu’un d’autre. Surtout ne t’en veux pas à toi-même, ce serait la pire chose. Tire leçon simplement. Et continue ta route.
Demande toi : qu’est-ce que j’aurais pu faire autrement? Qu’est-ce que cela a touché en moi? Il y a toujours quelque chose à apprendre. Et c’est exactement ce à quoi ce confinement nous invite. Une fois que tu as pratiqué formellement, reste ouvert et si quelque chose te dérange, c’est à l’intérieur de toi que tu l’examines avec douceur et curiosité et l’aventure continue.
La méditation ne peut cautionner le samsara intérieur car il sera toujours source de déception et en quelque sorte si nous prenions bien cette déception, comme une bonne nouvelle. Tranquillement, nous reprendrons le chemin dans la bonne direction, celle de l’ici et maintenant, avec notre besace de vacuité pleine des outils à dévisser le mal-être généré par nos croyances.

 

6 commentaires sur “Comment lâcher l’attente?

  1. Merci Annie ;0)
    Je retiens cette phrase Wangmo : « …nous préparer à ce que notre esprit ne soit pas surpris quand ce que l’on n’attendait pas arrive. Car attendre c’est aussi attendre ce à quoi on ne s’attendait pas…. ».
    ça ressemble à l’ouverture à l’instant non ?!

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  2. Je suis toujours hyper sensible à vos écritures, quels bienfaits pour tout mon être, c’est comme une pluie qui vient laver l’intérieur, Un grand merci car ce que je viens de lire répond à des petits démons qui viennent parfois me taquiner

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  3. Le covid vient appuyer sur les blessures (toujours les mêmes) et ça fait mal.
    Ce sont des tours de carrousel effrénés (vomissants la vie) car attraper la queue du Mickey est une vieille habitude.
    Dans ce tourbillon, je me
    rappelle que les mémoires blessées appartiennent à la lignée et qu elles sont dynamiques. Et je rajoute les ingrédients :
    2 bougies,
    Un texte, l EFT de l auto compassion,
    Mantras à volo,
    Aide des ancêtres, des divinités.
    Alors, le manège réduit sa vitesse et je peux enfin en descendre.
    Ça m aide.
    Merci Chère Wangmo
    Merci Chère impermanence.

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