Peut-on parler du démon de l’autre?

Peut-on parler du démon de l’autre? Ou s’agit-il toujours du ou des nôtres? Par exemple l’agressivité voire même la violence verbale de l’autre qui surgit, qui explose et qui nous fait mal, est le démon de qui? Question de Catia suite à la session faire de nos démons des alliés

Qu’est-ce qu’un démon? La caractéristique d’un démon c’est de vouloir quelque chose et de se montrer menaçant pour l’obtenir. Du point de vue de l’enseignement le démon de tous les démons c’est la croyance en la croyance d’un soi – soi signifiant ici la solidification des phénomènes transitoires et éphémères en des entités qui existent indépendamment de la relation que nous avons avec – cela peut donner lieu à de grands débats philosophiques.
Restons sur notre perception habituelle – Ainsi si je me sens agressée par les paroles de l’autre c’est bien parce que ma perception est focalisée, et sous tendue par cette croyance que « je » suis agressée, et que « l’autre » existe comme « agresseur ». L’identification à cette croyance est alimentée par tous les petits moi blessés qui cherchent alors à se protéger comme ils peuvent. La réaction est alors défensive : protéger ce « moi » que je crois attaqué, menacé. Cette croyance fondatrice est aveugle à elle-même, comme le chaudron d’Obélix, on est tombé dedans depuis on ne sait plus quand. Pas la peine de refaire l’histoire, tout le monde vit cela. Demandons nous plutôt ce que nous pouvons en apprendre.
Cette croyance est l’instinct de survie qui dans sa réaction nous permet aussi de mieux voir qui nous sommes. Donc rien à jeter.
Autour de ces identifications des phénomènes, il y a toute une constellation de souffrances qui remontent à l’enfance. Certains de nos besoins fondamentaux n’ont pas été satisfaits ou l’ont été d’une façon dysfonctionnelle.
Nos expériences du passé nous ont amené à tirer des conclusions qui sont devenues des schémas puis des stratégies d’adaptation dont les situations et les relations sont les déclencheurs. Par habitude, par répétition, par protection, cela a généré des pensées automatiques, des émotions, des comportements qui vont avoir des conséquences sur moi et sur les autres. Lorsqu’il y a souffrance c’est que ces modes d’être sont dysfonctionnelles. Le mal-être vécu attire notre attention vers notre ressenti, et celui-ci nous appartenant, indépendamment de la situation, nous pouvons alors prendre en charge notre propre évolution, si nous le souhaitons.
Les démons sont liés à ces structures de la personnalité qui s’est élaborée dans l’enfance, dans un milieu familial, un contexte social et historique. Je n’entrerai pas dans les détails ici. Juste si nous comprenons l’idée d’ensemble, cela peut suffire à faire des liens avec la complexité des influences que nous subissons tous. Et il y en a bien d’autres.
Complexité et subjectivité sont des aspects que nous avons besoin d’intégrer dans notre vision habituelle des relations. Notre façon de penser dualiste a peu de nuances.
Donc lorsque ces démons surgissent, ils ont une force, une puissance énergétique qui nous dominent voire nous font avoir peur de nous-même. Vous pouvez même halluciner, comme Milarépa dans sa grotte. Là prenez une pause et réfléchissez si vous avez des exemples pour vous-même ou si vous pensez à des personnes en particulier qui vous aident à comprendre de quoi nous parlons.
C’est comme l’ogre des contes. Si enfant, j’ai vécu (ou ressenti comme tel) un manque d’amour et de reconnaissance, alors je risque d’être un ogre de dépendance affective, cherchant toujours sans pouvoir néanmoins satisfaire cet appétit des preuves et des peurs. Ce qui peut aboutir à faire fuir les autres, ce qui est exactement l’inverse de ce que je voulais au départ. Car bien sûr tant que nous n’en n’avons pas pris conscience de ces processus internes, nous pensons que ce sont les autres qui sont responsables. Nous ne sommes pas victimes des autres, seulement de nos propres schémas.
Certaines situations réveillent nos démons, certaines sont leurs créations. Peut-être est-ce les mêmes, comme si on nous resservait le même plat afin de se demander pourquoi on mage toujours la même chose?
Il n’y a pas de démon de l’autre sans démon de soi. Je sais que cette dialectique est difficile à assimiler. Il est bon de s’y attarder et d’essayer d’y réfléchir, même si elle nous heurte au premier abord. Tout n’est pas démon, heureusement, nous sommes aussi de merveilleuses personnes, qui pouvons faire preuve d’une bonne santé relationnelle, ajustée aux situations. Toutefois, comment reconnaître un démon?
Si l’autre m’agresse violemment verbalement, et si c’est son habitude quelque soit la situation, alors il y a fort à parier qu’il est sous dépendance émotionnelle. Peut-être pense-t-il obtenir le respect ou l’écoute ainsi? Comment savoir? Si j’ai l’espace pour entendre cela, je ne prendrai pas ce qui arrive comme une agression personnelle et n’y réagirai pas de la même façon.
Si l’autre veut me blesser intentionnellement, je reconnais sa souffrance et vois ce qui en moi est encore et toujours « blessable », c’est une orientation pour ma boussole interne.
Sachons aussi que plus nous allons vers les qualités que nous sommes, plus les démons peuvent montrer le bout de leur nez, pour nous aider à encore faire mieux, merci chers démons, votre compassion est incommensurable.
Si vous empruntez un chemin en conscience. Il y aura fort à parier qu’ils se présenteront  sur votre chemin, pour un test, voire des nettoyages nécessaires. Comme dans le conte »le vaillant petit tailleur », un sept d’un coup, cela se teste.
Nous pouvons apprendre à apprivoiser mutuellement nos démons. C’est ce qui aussi donne la force de pardonner à soi-même et aux autres. C’est le sens d’une sangha, de l’amitié spirituelle.
Par exemple, je me mets en colère, j’agresse verbalement, mais au fond de moi, je ne veux pas ou plus le faire, j’en prends conscience. Cela veut dire que ma propre bonté est active, elle se manifeste toujours. Au fond de moi je ne veux pas être ainsi. La pratique me donne les moyens de nourrir ces graines de bonheur, particulièrement la pratique de tonglen, qui aide à travailler avec toutes les formes d’adversité.
Plus mon coeur s’ouvre et moins je prends les choses personnellement, et mieux je vois que l’autre est un autre moi-même. Quand la souffrance de l’enfance et de l’adolescence s’empare de moi, et filtre mon expérience, alors les démons peuvent se déchaîner, jusqu’à des actions du corps, de la parole regrettables. Regardons autour de nous,  il y a plein d’exemples.
Que vais-je donner à manger au démon de l’autre,  qui m’agresse? Si les miens sont devenus des alliés car bien nourris, alors je serai déjà plus tranquille et je pourrai donner une réelle présence, écoute, écoutant pour entendre vraiment, offrant un espace, où nos première réactions seront suspendues.
On s’entraîne à laisser l’espace ouvert, à reformuler en questionnant l’autre pour qu’il précise où est le problème. la première chose dont on doit se méfier est soi-même, de ne pas lâcher la bride à nos propres démons, d’être dans la transparence lucide qui nous permet de nous désolidifier et ainsi de désolidifier l’ensemble de la situation.
Ensuite, il n’y a pas de recette. Chacun reste libre de ses réactions et de leurs conséquences. Nous nous entraînons et si nous échouons, il y a aura bien d’autres occasions de mieux nous y prendre.
Chacun est un élan d’amour entravé, au coeur brisé, qui cherche désespérément à soigner ses blessures, sans le savoir. Il est préférable de le savoir. La pratique propose de ne pas renforcer, alimenter l’existence des démons, d’où les pratiques comme celles d’hier soir. Visualiser ses démons, désolidifier et surtout leur donner ce qu’ils veulent, sous la forme d’un ressenti lumineux ou liquoreux est puissant. A partir de l’être de sagesse que je suis déjà, j’offre à mes démons ce qu’ils veulent, infiniment d’amour, de soin, de respect, de droit à exister etc.
Ce sont de merveilleuses pratiques qui coupent court au mental, à la complaisance de rester dans ses problèmes à cause de ci ou ça. Elles sont efficaces. A condition de s’y entraîner. La voie demande des efforts. Ce n’est pas en une fois que les choses se font. Elles demandent de la persévérance, de l’énergie, de la confiance, de la patience, et beaucoup d’amour des autres. Car connaître et prendre soin de ses démons ainsi c’est être un meilleur être humain à tous points de vue. Et si les autres nous créent des problèmes, nous essayons nous de leur donner la solution que nous avons pu devenir, avec l’humilité requise que rien n’est jamais acquis.

 

5 commentaires sur “Peut-on parler du démon de l’autre?

  1. Chère Wangmo

    Voici les petits cailloux que j’ai récoltés dans ce texte plein d’enseignement et qui me montrent le chemin vers une plus juste conscience.

    Premier caillou:
    Nous ne sommes pas victimes des autres, seulement de nos propres schémas.

    Deuxième caillou:
    Du point de vue de l’enseignement le démon de tous les démons c’est la croyance en la croyance d’un soi.

    Troisième caillou:
    Si vous empruntez un chemin en conscience. Il y aura fort à parier qu’ils se présenteront sur votre chemin, pour un test, voire des nettoyages nécessaires.

    Quatrième caillou:
    Nous pouvons apprendre à apprivoiser mutuellement nos démons. C’est ce qui aussi donne la force de pardonner à soi-même et aux autres

    Cinquième caillou:
    Plus mon cœur s’ouvre et moins je prends les choses personnellement, et mieux je vois que l’autre est un autre moi-même.

    et plein d’autres encore ….

    Merci, merci, merci.

    Claudine

    J'aime

  2. Les diamants sont éternels, Wangmo tu les sèmes à tous vents, nous les ramassons, j’en ai plein les poches ! merci pour ces précieux enseignements, merci de nous aider à les appliquer, par ton attention bienveillante et le rappel de la vraie nature de notre esprit. Gratitude.

    Aimé par 1 personne

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