Pièges

Quand on pratique un chemin où transformer son corps, sa parole et son esprit, il est bien de se méfier de la tentation de se sentir arrivé, à un moment donné, quelque part. Ce qui nous rend plus fort, plus clair, plus conscient n’est pas dénué d’embûches. Lorsque les différents personnages qui nous squattent s’emparent des expériences et des fruits de la pratique, l’ego se fait facilement un nouveau lifting. Ivre de soi-même, on en arrive alors à oublier de rester attentif à la relation à l’autre. C’est donc par celle-ci que l’on risque de dévier. Le manipulateur ignore qu’il est manipulé par lui-même, il vit dans le monde des dieux, confondu avec l’éveil, mot qui concentre en général tous les pièges possibles. La tendance à se croire invincible, au-dessus de tout est grisant, au vu des changements et des succès obtenus.

Il est nécessaire de se rappeler régulièrement que le voyage spirituel est sans fin. Une fois commencé il est son propre but, s’il en fallait un. Comme la carotte au bout du bâton, lâcher la carotte, c’est aussi lâcher le bâton, si vous me comprenez. Quoique nous puissions expérimenter qui nous encourage à valider la puissance des enseignements reçus, cela reste un passage non un aboutissement, non une finalité, non une prison.

Si nous devenons vaniteux, parce que nous nous croyons supérieur à autrui, dédaigneux, imbu de nous-même, regardant les autres avec mépris, assurément nous en viendrons à avoir des comportements déplacés et abusifs.
Certes nous pouvons être supérieur à d’autres dans certains domaines et compétences, mais quand c’est sur un chemin de sagesse où ne pas nuire à autrui est une règle essentielle, le fait de ne pas respecter l’autre, ou de l’avilir, parce qu’on se croit au-dessus de tout, des lois sociales, du karma, est fortement dommageable et destructeur.

A l’inverse, si nous acceptons le chemin comme la route qui ne mène nulle part, nous en ressentirons une vraie délivrance, et il sera possible de dépasser ces obstacles de l’ego, que toutes les traditions de sagesse authentiques dénoncent.
Nous pouvons avoir acquis certaines maîtrises des énergies du corps et de l’esprit, c’est là précisément que nous devons redoubler de vigilance et lâcher-prise de toute emprise.
C’est lors de telles expériences que les déviations et les inflations égotiques agitent les fanions de la fascination.

Ce n’est pas la pédanterie d’un débutant qui est dangereuse, celle-ci, en général, masque ses faiblesses à pratiquer, et se désarticule assez vite. C’est plutôt lorsque l’on arrive à certains changements réels, de conscience, d’énergie, de perception, que se produisent les dangers. Dangers pour soi mais aussi bien sûr pour les autres, qui peuvent être abusés de différentes manières et patauger dans la confusion.

Au final, détendons nous sur ces déroulés de soi du chemin sans but, afin qu’aucun de nos personnages ne s’empare des fruits qui deviendront alors poisons, et si c’était le cas que nous puissions vite le reconnaître. Laissons la fleur de l’humilité, de la modestie, et de l’équanimité ouverte. Protéger les autres de son arrogance est d’autant plus précieux que si nous ne mesurons pas ses pièges nous risquons d’en être la victime/bourreau et de la croire légitime et justifiée.
Souvenons nous aussi que c’est à chacun(e) d’examiner son esprit, de débusquer les lièvres avides sous l’innocence car il n’y aurait pas de manipulés si la fascination du pouvoir n’était pas aussi grande, quelque soit le domaine concerné.
Cette fascination avilit, redessine des limites floues où ne plus savoir à quel moment on a oublié de rester attentif aux petits signes, et pour le coup à quel moment on a oublié d’écouter son intuition, étouffée sous la maîtrise des illusions divines.
Heureusement, tout cela reste humain, relisons Barbe bleue et tirons-en la leçon.
Accueillons la route qui ne mène nulle part, et nous irons loin dans la sérénité de l’instant, seule(e) ou accompagné(e) de celles et ceux qui le veulent bien.

Cet article m’ a été inspiré par le documentaire sur le yoga de Bikram – qui montre assez clairement ce que je viens d’expliquer. 

Un avis sur “Pièges

  1. Ce que tu énonces, Wangmo, je le ressens fort: savoir resté humble comme c’est important … Je le mets en parallèle avec le savoir en général. Un savant, un philosophe peut-être, disait: » Arrivé à l’état de mes recherches, ce dont je suis sûr c’est que je ne sais rien. »

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