Le doigt ou la lune?

Vous connaissez sûrement cette métaphore du sage qui montre la lune et les idiots regardent le doigt.
Et si le doigt ne montrait pas la lune? Et si le doigt montrait l’espace entre les étoiles? Et si pour s’en rendre compte il fallait pouvoir être dans le même axe que le sage, juste à côté lorsqu’il lève le doigt?
Cette métaphore peut être utilisée pour montrer de quel point de vue nous recevons l’enseignement du bouddha et tout autre enseignement…

Dans cette image du sage qui pointe son doigt vers le ciel, pour voir ce que montre le sage, il faut aller se mettre à côté de lui, ce qui demande de se déplacer, de quitter son confort, tout au moins de tenter l’expérience – sans pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain que nous sommes.

La tendance à reproduire  nos propres systèmes connus culturels sans en avoir véritablement conscience et en pensant qu’ils sont les meilleurs, est ce que nous avons appris très tôt. Par exemple dans notre système occidental nous avons l’habitude de voir la lune, et de la voir d’une certaine façon, alors pourrons nous voir ce que nous montre le sage, même si nous regardons la lune et non le doigt? Notre regard est formaté, déjà filtré et la première chose dont nous devons prendre conscience est l’existence de tous ces filtres, car il y en a plus d’un!

Le doigt ce sont les enseignements et tous les outils qui permettent d’entrer dans l’expérience d’un changement de paradigme, d’une révolution intérieure, le centre est décentré, voir à partir de la lune même change tout. La lune serait-elle l’expérience indicible ou encore une de ses représentations, si subtile soit-elle?
Quand on montre quelque chose à quelqu’un, il faut qu’il se mette dans le même axe et à côté pour regarder jusqu’au bout du bout du doigt. Et là que lui est-il possible de voir? peut-être l’espace dans lequel la lune et les étoiles apparaissent.

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Enseigner est se mettre à côté de celui à qui l’on enseigne, là où il est, pour lui montrer ce que l’on veut qu’il voit – c’est-à-dire partir de là où est l’autre.
Lorsque les enseignements, le dharma, s’est propagé en occident,nous avons été fasciné par le doigt et certains ont pensé qu’il fallait toujours lever le doigt ainsi et pas d’une autre manière. Le doigt s’est figé, c’est le risque. Or cela nous a amené à singer de loin des pratiques profondes parce que nous n’avions pas pris soin de retourner le fumier fécond du terreau culturel – parce que nous étions trop loin de tout ça – et parce le sage ne s’est pas approché suffisamment de nous là où nous étions. Il est lui-même resté statique, le doigt bloqué.

Nous nous sommes alors peut-être bercés d’illusions. Les plus motivés ont continué et ont pu dépasser ces barrières par leur expérience. Alors que d’autres ont tout lâché un beau jour faute de connexions réelles car aucune graine n’avait vraiment pris. Car croire ce que dit la tradition n’est pas l’expérimenter.

Une tradition authentique demande elle-même quelques rebelles pour la valider, pour qu’elle ne meure pas d’étouffement sous les certitudes sclérosées, dans l’impossibilité qu’elle sera de pouvoir renouveler ses formes, c’est-à-dire de rester réellement vivante.
En même temps il ne s’agit pas de tout amalgamer et de faire des synthèses abusives.
Loin des extrêmes mais dans la précision des ponts et des passerelles intelligibles.

‘autres encore sont juste devenus des sympathisants admiratifs du sage le doigt levé montrant la lune mais ne tiennent pas à s’approcher trop près au risque d’être bousculé. Et si la lune n’était qu’un prétexte à s’approcher du vide intersidéral – on ne sait jamais!
Attention aux vertiges cognitifs!

Puis viennent d’autres générations d’enseignants qui se demandent alors quel est le terreau dans lequel nous évoluons? Comment rendre accessible le dharma dans sa profondeur? Comment se mettre dans l’axe qui donnera la bonne et juste perspective?

Car ce que montre le doigt n’est même pas la lune, que nous avons l’habitude de regarder, mais l’espace ouvert. Pour réussir à voir cela, nous avons besoin d’un terreau propice qui nous permettra de nous déplacer avec plus de fluidité et de possibilité d’intégration.

Comment traduire l’expérience profonde? Comment nous aider nous occidentaux à bien comprendre et intégrer ce qui nous semble de prime abord fascinant car exotique?
Par exemple, un des points, parmi de nombreux autres que nous cherchons à singer est l’idée que le sage est zen et n’est troublé par aucune émotion. Ce que nous traduisons, sur un terrain déjà riche en refoulements, comme s’empêcher encore plus d’éprouver des émotions. Nous devrions être zen! Mais qui a dit cela? C’est une mauvaise compréhension qui va à l’encontre de toute progression possible et même zénitude à venir. Là nous passons carrément à côté de tout, du sage – du doigt lui-même – nous ne voyons rien du tout et cela peut même être dangereux. Mais ceci fera l’objet d’un autre article, je ne voudrais pas vous prendre toute votre matinée car vous avez encore à cuisiner avec amour les délices du jour. Et c’est très bien.

Bon dimanche et que montre le doigt?  pensez-y la prochaine fois que vous regarderez le ciel!

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