Prendre au sérieux

Il me paraît de plus en plus important de prendre au sérieux la première noble réalité du Bouddha qui est la souffrance – la conscience de la souffrance dans tous ses aspects, particulièrement ceux où nous sommes directement impliqués par nos attitudes, nos paroles et nos actions.
Dans l’approche des Cinq Racines nous réalisons combien il est important de voir que nous portons des souffrances, des mémoires de souffrance personnelles, individuelles, familiales, ancestrales, karmiques – et il ne suffit pas de le comprendre, nous devons voir ce que cela implique.
Il est bien beau de laisser aller les pensées dans la méditation – d’ailleurs si nous le faisons vraiment nous libérons un réservoir d’empreintes et de graines. Mais surtout il est essentiel de se rendre compte de l’impact des pensées cachées, dont on n’a pas conscience et qui renferment des pattern – des schémas, des habitudes, des scénarios.
Ce qui a toujours attiré l’attention des grands thérapeutes qui sont de fins observateurs de la nature humaine et de ses comportements, est que malgré le désir de changer, l’impression d’être libre et différent, on réussit quand même à se mettre dans des situations qui ne sont pas sans en rappeler d’autres. Nous finissons par faire souffrir ce que nous avons souffert. Et cela dans des cycles répétitifs où nous ne voyons pas ce qui se joue.
Si nous regardons certaines situations cela nous interpelle peut-être. Je fais comme quelqu’un d’autre au même moment de sa vie, avec des raisons qui semblent différentes mais au final les souffrances déversées se ressemblent étrangement.
Qui est coupable? la souffrance non réglée. Celle qui nous précédera encore et encore sous des formes déguisées évidemment. Comme la sorcière des contes qui sait prendre des apparences trompeuses pour promettre ce que veut le héros. Où est l’entourloupe?

S’il y a une éthique dans le dharma elle est celle d’une bonté orientée vers le bonheur ou disons plus modestement et en même temps plus concrètement une meilleure vie. C’est ce qui nous motive à nous améliorer. Nous voulons tous le bonheur, le respect, la reconnaissance, etc. or il ne s’agit pas de le décider consciemment pour que cela se fasse mais de voir que d’autres choses en nous agissent et exécutent.
D’autre part, si vous voulez le bonheur vous le voulez aussi et avant tout pour celles et ceux avec qui vous avez créé un lien, partagé et vécu des difficultés. Vous le voulez pour vos compagnes et compagnons, maris et femmes, parents et bien sûr vos enfants. Pour les autres vous êtes prêt à vous dépasser. C’est un défi à votre sagesse.
Aucune amélioration n’est possible si ce sont des mémoires de souffrance qui nous agissent. Nous nous dupons nous-même. C’est ce qui nous arrive à tous alors restons détendus.
Alors cela veut dire que nous ne pouvons pas décider de vivre ce que nous voulons ? Vivez ce que vous voulez – juste prenez au sérieux les causes et conditions de souffrance que vous créez – le fait que chacun fait comme ça, tout le monde fait ça – ne se soucie que de lui-même – que d’autres le font aussi n’est en rien une excuse.
Si vous pratiquez sérieusement le dharma vous ne pouvez raisonner ainsi car vous regardez ce que vous semez et en assumez les conséquences – si vous prenez au sérieux le dharma et la loi du karma qui n’est en fait pas une loi mais une réalité un état de fait – comme la souffrance d’ailleurs – alors vous saurez que la souffrance que vous engendrez vous reviendra tôt ou tard – vous sentez en vous déjà les puissantes graines prémices de sa rétribution – c’est ce que disent les textes : à grande conscience grande responsabilité – et la croyance en le non-ego qui rassure les plus cyniques que tout ça au final se résorbera dans la vacuité montre qu’ils n’ont rien compris à la vacuité – ou encore la croyance que tant que tout va bien dans le meilleur des samsaras possibles pour sa pomme – les autres n’ont qu’à assumer leur problème – ce qui est le prétexte à se désolidariser – ou à traiter ceux qu’on a connus comme des étrangers dont on ne veut plus rien savoir quant à la souffrance évidemment pour le reste ça ira quand même – est-ce tenable au regard du miroir de l’enseignement? A chacun de voir au fond de lui ce que lui dit sa propre sagesse qui dépasse en compétences largement le chérissement de son propre ego.
Car le karma nous lie tous les uns aux autres. L’implication dans les causes et conditions que nous créons à chaque instant de notre journée d’aujourd’hui pour les uns et les autres est un enseignement de base pour poser les fondations d’une vie saine et les graines d’une vie heureuse.

Aussi prenez au sérieux la souffrance en vous si vous voulez le bonheur des autres et par conséquent aussi de vous-même. Ne vous trouvez pas d’excuse. Pratiquez vraiment et cela changera réellement votre vision. Pratiquez vraiment le nettoyage des empreintes –
prendre soin de soi est prendre soin des autres – c’est-à-dire des liens. Et c’est toute cette complexité qui nous fait nous mettre dans des complications parce que nous ne regardons pas assez en nous-même les conséquences pour les autres. L’intelligence n’ayant rien voir avec le changement.
Si nous voulons changer nous devons nous mettre à nu devant quelqu’un qui sera neutre et bienveillant. Et qui pourra nous aider par sa neutralité même et la connaissance des mécanismes de l’esprit à initier une autre façon de regarder les situations.

Aujourd’hui de nombreuses démarches, comme celle des Cinq Racines par exemple, proposent de parcourir un chemin de développement de la personne et de son accomplissement et un chemin spirituel de façon non séparée.
Si nous sommes honnête nous verrons qu’il ne suffit pas de dire « je médite », « je pratique la compassion », « je suis au courant de l’impermanence », « la loi du karma est intéressante » ou de dire « j’ai déjà travaillé sur moi », « je connais par cœur tous mes problèmes c’est bon » – non! il s’agit d’en voir les implications maintenant.

Aussi je vous propose si vous avez un joli cahier de suivi de noter toutes les souffrances dont vous avez conscience en vous et autour de vous et d’essayer de débusquer toutes celles que vous ne voulez pas voir car, je vous le concède, il est toujours désagréable de faire cela, c’est la mauvaise nouvelle de la journée. La bonne est que vous y gagnerez en respect de vous-même et d’autrui. Vous ajusterez avec discernement ce qui peut l’être et vous agirez comme un disciple du Bouddha. Car c’est ce qui fait la différence entre quelqu’un qui n’a pas pris refuge et quelqu’un qui suit la noble voie. A moins de répudier cette voie aussi – ce qui est toujours au final ce que l’ego désire qu’on le laisse tranquille dans ses caprices.

Faites ce que vous voulez mais réfléchissez vraiment sérieusement à la première noble réalité qui se décline en comportements, paroles, actes, état d’esprit, attitudes, aujourd’hui ici et maintenant.
Dans la vacuité est l’interdépendance des liens, de tous les liens, des causes et conditions, c’est pourquoi la vacuité n’efface pas le karma bien au contraire.
Si nous voulons que chacun soit heureux, si cette aspiration nous la récitons tous les jours, la portons vraiment, commençons par voir les causes et conditions que nous créons aujourd’hui pour celles et ceux de notre entourage.
Revisitez votre vie, votre enfance, beaucoup de choses s’éclairent quand on regarde les souffrances de l’enfant, de l’adolescent, du jeune adulte que l’on a été.
C’est nécessaire pour grandir et comprendre nos propres enfants, leurs souffrances, leurs émotions, leurs réactions.

Un bodhisattva toujours fait le premier pas mais il ne peut faire plus. A chacun de suivre son cœur mais pas à n’importe quel prix et surtout en prenant soin de nettoyer la route qui y mène. Tous les sages le disent, bien que proche, elle est longue et sinueuse cette route vers l’amour véritable. L’essentiel est de vouloir rester sur son chemin. C’est là où une amitié spirituelle effective est la bienvenue.
Est-ce que je crée des causes et conditions de bonheur ou de malheur? Demandez-vous cela dans les détails concrets du quotidien – peut-être que la cause et condition d’un simple bonheur est de partager un repas ou de remercier ou de se placer dans la gratitude et d’agir en conséquence – comment le saurez-vous? en vous laissant toucher par l’inconfort de la souffrance plutôt que d’attendre que les choses s’arrangent. Encore une croyance sur le temps : avec le temps tout s’arrange dit la sagesse populaire puisqu’avec le temps va tout s’en va dit le poète. Et avec le karma assurément tout revient.

Bon dimanche à vous, prenez soin de votre compassion.

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