Vous avez dit karma?

Voilà un mot qui n’est pas anodin, un mot un peu cliché et fourre-tout, mal compris et employé à tort et à travers la plupart du temps . Quel sens donner à cette notion ?
Qui dit karma dit souvent aussi réincarnation ou renaissance. Bien que le karma ait toujours été un enseignement bouddhiste essentiel, sa compréhension est loin d’être aisée.
Le karma est-il une loi de l’univers, impersonnelle et déterministe, calculant avec précision les causes et les effets? Ce type de causalité physique est-ce le karma?
Est-ce accumuler et rechercher des mérites pour s’attirer une renaissance mondaine favorable? Ce genre de calcul superstitieux est-il le karma?
Est-ce une justification passive des pires abominations, au nom d’une rétribution d’actes commis dans un lointain passé? Auquel cas inutile de travailler à plus de justice ou à changer les choses puisque tout est déjà inscrit, écrit, et ratifié.

Bien que ces définitions ne rendent pas véritablement compte du karma, il y a souvent un peu de tout cela dans certaines approches traditionnelles devenant vite très absolues.
Aujourd’hui nous devons revisiter cette notion car, en tant que pratiquant, nous assumons d’être dans un monde où chacun est responsable et cherche à améliorer les conditions sociales, entre autres. Nous ne pouvons donc invoquer le karma comme un destin inéluctable auquel on ne peut rien changer.

Plutôt que de prendre cette notion au pied de la lettre, nous devons la questionner.

Que nous dit le karma?

Au temps du Bouddha, les notions de karma et de renaissance étaient populaires, largement répandues. L’enseignement du Bouddha lui-même reflète cette interdépendance avec le contexte de l’époque. Le Bouddha a exprimé sa vision en utilisant les catégories que sa culture pouvait comprendre.
Il y avait donc l’enseignement spécifique du Bouddha sur le non-soi et sur l’origine dépendante de toutes choses et par ailleurs la pensée conventionnelle de l’époque, sur le karma et la renaissance.

Ce que le Bouddha a mis en avant est l’importance des intentions et motivations. C’est ainsi que la notion de karma (action) est inséparable de l’intention, de l’esprit qui nous anime.
Ce qui compte, et ce sur quoi le Bouddha a insisté en parlant de karma,  ce sont sur les mobiles de nos actions. Le fait est que nos actes ont des conséquences au-delà de leurs effets immédiats. Plutôt que de chercher à justifier le présent par un passé qui nous dépasse, il est mieux de voir le karma comme la possibilité de changer dès à présent les motivations de nos actions. Si nous y ajoutons l’enseignement sur le non-soi, nous comprenons que le sentiment du moi est une construction mentale. Le karma n’est pas quelque chose que le moi aurait mais c’est ce que le moi est.
« Je » me reconstruis moi-même par ce que « je » fais intentionnellement. Mon sentiment du « moi » est un composite de façons habituelles de penser, sentir et d’agir.
« Je » suis construit par mes habitudes mentales constamment répétées.
La « punition » ou la « récompense » sont donc liées à ce que nous sommes devenus et nos actes intentionnels sont la cause de ce que nous sommes.
Les actes intentionnels deviennent vite des habitudes de penser, de sentir, d’agir et de réagir. Bien sûr cela ne détermine pas complètement ma vie mais l’influence grandement.
Ce dont nous pouvons prendre conscience à travers cette vision subtile du karma c’est de la possibilité de changer, c’est-à-dire de souhaiter qu’un acte que nous avons commis ne devienne pas une tendance habituelle de mon identité. En fait nous ne sommes pas punis « pour » ce que nous avons fait mais « par » ce que nous avons commis.

D’où l’importance de travailler avec les émotions négatives car c’est par les actions négatives du corps, de la parole et de l’esprit que nous devenons ce que nous sommes, une personnalité aux identités douloureuses et aux traits de caractère négatifs.
Bien que le karma, de ce fait, soit notre entière responsabilité, nous participons bien évidemment au karma des autres. Nous sommes tous une partie du karma d’autrui. Par exemple, si nous refusons d’aider quelqu’un qui est en souffrance, nous nous faisons complice de cette souffrance, et pour cela nous développons des empreintes d’indifférence, d’insensibilité, ou d’exclusion, ce qui deviendra ou renforcera une de nos tendances dont nous souffrirons nous aussi à un moment ou à un autre lorsque la graine semée et ses conditions seront venues à maturité.
Vous pouvez appliquer ce raisonnement attentif à la plupart de vos actions, même celles qui paraissent anodines. Cela nous encourage à développer un regard profond sur nos actions et leurs conséquences. Cela éclaire aussi l’action du bodhisattva (le héros d’éveil) faisant passer les autres avant lui, puisque la qualité qui lui permet de faire cela est en soi sa rétribution et fait croître la bodhicitta (la bienveillance inconditionnelle).

Heureusement, nous pouvons avoir confiance en ce que notre esprit peut changer pour répondre différemment au quotidien.

Regardons notre motivation : plus je suis motivé par la haine, l’avidité et l’ignorance, plus je manipulerai les autres pour avoir ce que je veux. Avec comme conséquence que je me sentirai sans cesse plus aliéné et les autres aussi. Ce qui peut amener une surenchère de paranoïa des deux côtés. A l’inverse, plus mes actes seront motivés par la bienveillance, la générosité, la sagesse de l’interdépendance, plus je me sentirai appartenir au monde et me détendre, en me sentant relié aux autres.

Essayez de comprendre en profondeur ce raisonnement sur le karma, cela nourrira votre motivation et détermination à pratiquer sérieusement. Voir et changer ses motivations revient à travailler avec les aspects négatifs de notre personnalité. Nous comprendrons alors cette « loi » des causes et des effets au-delà de toute superstition ou sentiment de culpabilité infertile.
La transformation de mes intentions et motivations ne change pas seulement ma vie mais également celle de mes proches, dans la mesure où ce que je suis n’est pas séparé de ce qu’ils sont et inversement.
Il s’agit d’exercer son pouvoir de liberté, de prendre en mains notre existence, de travailler avec les tendances négatives de notre personnalité, de changer sur place ses motivations, devenant acteur et responsable des changements que l’on souhaite pour soi et pour autrui.

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