Aimer les autres

Nous ne pouvons ignorer la présence des autres qui nous est constamment rappelée à travers les réseaux d’informations et de communication qui se sont considérablement développés depuis quelques années. Cet article poursuit la réflexion initiée par Que veut dire s’aimer soi ? et Aimer l’autre.
Non seulement les autres existent mais nous sommes en lien quasi-interrompus avec eux à travers toutes sortes de réseaux, que ce soit par les téléphones portables, la télévision, internet, les courriels, etc. autant de rappels ou d’allusions à la présence visible ou souterraine des autres dans notre environnement.
Cette omniprésence des autres est parfois envahissante, parfois rassurante. Elle signe en tous cas notre inscription dans la grande famille ou trame humaine et sociale.

Lorsque nous prenons le temps de regarder le début de notre vie, nous voyons que nous avons évolué et grandi en contact avec une multitude d’autres qui nous ont accompagné. Que ce soit au sein de la famille ou à l’école ou encore au hasard de nos sorties, de nos voyages, nous avons croisé toutes sortes de personnes qui ont eu un impact sur nous et avons tissé des liens plus ou moins forts, vécu des expériences plus ou moins positives qui seront déterminantes.

Le premier lieu où l’on apprend la présence des autres et à s’y accorder est au sein de la famille. On y apprend le rôle et les fonctions de chacun, ainsi que les places occupées dans une fratrie par exemple. Nous y sommes en interrelations quotidiennes, ce qui va conditionner en partie nos comportements futurs.
Il y a les autres proches, ceux de la famille, il y a les autres autres, ceux dont nous entendons parler à la télévision par exemple lors de reportages qui ont des coutumes différentes, des visages différents, des mentalités différentes.
Il y a les autres, ceux qu’on considère comme amis, ceux qu’on voit comme ennemis. Et puis il y a tous les autres qu’on n’a jamais rencontrés.

C’est dans la famille d’abord qu’on apprend comment se comporter avec les autres, comment pratiquer l’hospitalité, accueillir et recevoir, partager un repas ou d ‘autres choses.
Cette hospitalité est souvent une forme de solidarité. Je me rappelle mes grands-parents qui avaient gardé la coutume de l’assiette qu’on prévoit toujours pour celui qui viendra frapper à la porte, l’invité de dernière minute à qui on réserve une part.
Cette pensée de l’autre comme un invité potentiel participe de la générosité ouverte qui fait de l’homme un être sociable, attentif et bienveillant envers les besoins des autres.
Certes, me direz-vous, la famille est aussi le lieu de difficultés, de secrets, de pathologies, de violences. Nous aurons dans notre parcours de vie à retraverser certains épisodes, à remettre de l’ordre.
Pour nous aider dans cette démarche, la pensée systémique des constellations pourra être un éclairage libérateur d’un passé devenu trop douloureux.

Ce que nous apprenons de l’amour vient de la famille, des modèles parentaux entre autres.  La vision que nous avons de l’amour nous interroge sur ce que nous avons connu dans notre famille et les croyances qui y étaient véhiculées. Comment se comportait nos parents entre eux? Une famille ce sont des lignées d’hommes et de femmes qui ont des histoires au sein de la grande Histoire, des blessures, des forces mais aussi des faiblesses. L’affection échangée était-elle manifeste? Les baisers, les regards, les mots d’amour étaient-ils présents ou brillaient-ils par leur absence?

la fratrie joue un rôle déterminant dans l’acceptation des autres, et notre positionnement vis à vis d’eux.  Enfant unique, ou fratrie nombreuse, quelle était notre place, quelle est la nôtre aujourd’hui? La cherchons nous toujours?
la fratrie est aussi le lieu de grandes souffrances, d’émotions intenses, parfois de haines tenaces.

La relation aux autres pose inévitablement la question de la place : suis-je à ma place? l’étais-je dans ma famille, ma fratrie? ces questions peuvent nous éclairer sur ce que nous avons à travailler actuellement dans nos relations avec les autres, au travail, en couple, en famille, en groupe, en société.

La fratrie devient fraternité lorsque ce modèle, dans ce qu’il a de bon et de solidaire, s’étend au-delà du cercle familial à tous les êtres. Devenir autonome et indépendant dans la conscience de l’interdépendance, voilà peut-être le point de vue à partir duquel nous pouvons nous considérer parmi les autres.
L’enseignement du bouddha sur la compassion nous rappelle que nous sommes tous parents et l’avons été depuis des temps sans commencement. Ce lien nous permet de voir tous les êtres comme notre frère, soeur, père ou mère et nous comporter avec eux avec beaucoup de gratitude. D’ailleurs la notion des autres ne se limitent pas au genre humain mais comprend aussi tous les règnes de la nature desquels nous participons et qui contribuent à la vie sur terre.

En termes de pratique, la reconnaissance et la gratitude sont des notions fondamentales dans la relation aux autres, que nous les connaissions ou pas. Ce dont nous profitons au quotidien est le fruit de l’énergie et du travail de chacun. A l’image du filet d’Indra, où à l’intersection des mailles du filet un joyau reflète chacun des autres joyaux, nous portons en nous et reflétons le potentiel de chacun.

Que peut-on améliorer pour mieux aimer les autres, tous les autres ?
La gratitude, la bienveillance, la conscience de l’indépendance dans l’interdépendance qui conduit à l’entraide et au respect des valeurs et cultures de chacun.
L’autre dans sa différence nous enrichit. Si nous sommes capable d’écouter d’autres points de vue, nous verrons qu’ils peuvent être aussi valables que les nôtres.
On pourrait dire que toute pratique nous aide à améliorer le point à partir duquel nous entrons en relation avec tout autre. C’est ce que nous devons observer, notre motivation, notre intention.

Il y a une pratique précieuse que j’ai introduite dans le développement de la gratitude qu’on appelle le naïkan.
Elle consiste à examiner trois questions :

  • qu’ai-je reçu?
  • qu’ai-je donné?
  • en quoi ai-je été pour les autres source de difficultés?

Cette pratique mise au point par un japonais a été utilisée, entre autres, comme programme de réhabilitation pour des personnes qui avaient commis des actes violents ou nuient à d’autres et se retrouvaient en prison.
Ces questions peuvent être examinées à différents âges de notre vie. Il s’agit d’entrer dans son intelligence profonde et de sentir comment cette pratique nous reconnecte à la bonté des autres, au-delà des jugements, des exigences et des intransigeances.
La conscience de ce que nous avons reçu nous fait toucher nos propres ressources, change notre rapport à nous-même et aux autres. Dépasser les frontières amis, ennemis, inconnus, afin de pouvoir rester à l’écoute et dialoguer au-delà des réactions émotionnelles extrêmes et des conflits.
Cela s’entraîne : mieux communiquer à partir d’un centre en nous de bonté et de bienveillance, de façon non conflictuelle, dans l’égalité de soi et des autres. Nous rappelant que tous nous cherchons le bonheur et tous nous voulons éviter la souffrance.

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