Que veut dire s’aimer soi?

Il y a un conte de transmission de sagesse d’un père à un fils où le père envoie le fils traverser le désert afin de chercher par lui-même dans un voyage qui sera le sien propre comment lui succéder, régner dignement puisqu’il s’agit, vous l’avez compris de la succession d’un royaume.
Dans l’approche de la résonance des contes, chacun de nous vit dans un royaume qui est fait d’un environnement dans lequel nous évoluons, d’un entourage fait de choix, de valeurs, de liens et relations.
Il s’agit donc pour gouverner un royaume d’avoir quelques traits de sagesse pour équilibrer les différents domaines dont celui-ci est constitué.
Il y a plusieurs versions du conte mais ici j’utiliserai seulement ce qui me semble essentiel pour développer le thème proposé.
Le fils du roi part à la recherche de l’ermite qui lui enseignera comment gouverner avec sagesse.
Lors de sa traversée du désert, il rencontre une première porte qui lui dit que pour gouverner il y a des choses à changer. La première chose étant le monde. Oui d’accord évidemment, il y a des choses qui ne tournent pas rond dans ce bas monde et il serait bien de les changer, cela irait beaucoup mieux ensuite. Il s’attelle donc pendant des années à essayer de changer le monde mais finalement il n’y arrive pas.
Il reprend alors son voyage et franchit une deuxième porte sur laquelle est inscrit : changer les autres. Ah voilà qui est plus précis et il l’avait bien remarqué dans on entourage, les autres devraient changer alors le monde irait beaucoup mieux, c’est d’une telle évidence! Pendant des années il essaie donc de changer les autres et au bout du compte découragé il décide de reprendre sa quête.
Il passe alors une troisième porte où est écrit : changer soi. Mais voilà, c’est évident il faut commencer par soi-même c’est là le secret de la réussite et de tous les changements. Il repart dans sa vie et pendant des années il essaie vainement de se changer. C’est alors qu’il rencontre un ermite qui lui dit qu’il n’a fait jusqu’ici que la moitié du voyage et qu’il doit repartir dans l’autre sens et regarder ce qui est écrit de l’autre côté des portes. Il décide alors de franchir les trois sans s’arrêter. Derrière la dernière qui devient la première porte est écrit : s’aimer soi puis sur la deuxième :  aimer les autres puis sur la dernière : aimer le monde.
Tous des verbes d’action qui donnent le ton du changement. Si nous voulons changer, nous ne pouvons le faire que sur la base d’une acceptation de qui nous sommes. La première étape est s’aimer soi.
Dans la pratique de l’amour et de la compassion, l’insistance à se tourner vers les autres risque parfois de nous faire oublier cette dimension.
Il est fréquent d’entendre dire: je ne m’aime pas! beaucoup de nos souffrances s’enracinent dans comment nous avons été aimé dans l’enfance, c’est un fait. Nous nous sommes construit inconsciemment sur une relation à nous même et donc aussi aux autres difficile et douloureuse.

Que veut dire s’aimer soi ?
Si nous voulons vivre une harmonie, la confiance en soi  et une paix intérieure nous devons examiner qui nous sommes et nous accepter avec franchise.
Nous voyons que nous avons des travers, des défauts, des défaillances, nous ne sommes pas parfaits mais aussi nous décelons que nous avons des qualités dont nous pourrions tirer mieux parti, de belles aspirations de coeur, un désir authentique de mieux faire.

L’amour de soi n’est pas inné. Il n’est pas acquis une fois pour toutes non plus. Même s’il est souvent le reflet de l’amour que nos parents nous ont porté ou non, tout au long de notre vie, nous devrons continuer à nourrir, entretenir ou découvrir une relation plus aimante à nous même. C’est ce que parfois le miroir des autres nous renverra. Ce qui demande d’apprendre à se connaître. Se connaître en écoutant les questions qui se lèvent en nous : quelle est mon histoire et ma relation à l’amour? qu’est-ce que j’aime, qu’est-ce que je n’aime pas? quels sont mes succès, mes échecs, mes blessures? etc. comment visiter et revisiter tout cela.

Comment s’y prendre pour s’aimer soi?
La première chose est d’aimer être en présence de soi-même c’est-à-dire d’avoir une relation tranquille et positive à la solitude.
S’aimer soi sans tomber dans les excès, ni trop, ni trop peu, c’est là toute la subtilité. S’aimer soi n’est pas s’abîmer dans l’attachement à l’image de soi ou se plier en quatre pour se sentir aimable et correspondre aux regards flatteurs des autres sur nous. On peut beaucoup se perdre dans ces trompe-l’oeil du coeur pris au piège des apparences.

S’aimer soi c’est se présenter aux autres aussi tel que l’on est, une fois que nous sommes devenus capables de nous accepter avec sincérité. S’accepter n’est ni une attitude passive ni une position intellectuelle mais une capacité ressentie dans l’instant à ne pas se juger, se rejeter, s’exclure. Une capacité ressentie, voilà ce qui fait poids ici. Il est facile parfois de penser que c’est bon on s ‘accepte mais en réalité c’est juste une décision qui n’a pas été creusée ni éprouvée.  Sur cette base, nous prenons conscience de ce qu’il y a à améliorer, à nourrir, à enrichir dans la relation à nous-même puis à l’autre dans l’intimité, puis aux autres dans la fraternité, puis au monde dans sa globalité puis à la vie elle-même. A chaque fois, il s ‘agit d’une dimension de l’amour qui nous intègre dans des champs plus vastes dont le fond est le même. En apprenant à nous aimer avec équanimité et sérénité, nous serons plus libres aussi de nous-même, moins encombrés, plus disponibles, plus réceptifs à ce qui est, plus légers.

Pratiquer la méditation, s’asseoir est véritablement un acte de paix avec soi. Un temps de retraite évalue souvent la température de la relation à soi : est-on gêné ? doit-on s’occuper systématiquement ? a-t-on des peurs ? etc. tout cela nous permet de mieux faire connaissance avec tous les aspects de nous-même, il s’en suit une profonde stabilité et une confiance plus ancrée , moins superficielle.
Cela nous protège des moments d’angoisse, de désespoir, de déstabilisation, d’effondrement toujours possible lorsque nous sommes secoués par des événements. Se connaître est sans fin, il y a toujours des couches qui se dévoilent, des processus qui vont chercher sous la surface des graines bien enfouies.
L’amour est protecteur, c’est un autre aspect, il est sensible naturellement à la souffrance et comment la dissiper, déjà en y prêtant attention. Prendre soin et prêter attention sont des manifestations de l’amour.
Même si nous avons tous en nous des graines de désamour et de blessures, essayons de ne pas cultiver le désamour et le ressentiment envers nous même.
La confrontation à qui nous sommes révèle nos parts d’ombre et de lumière mais ne s’arrête pas là. C’est un processus, un passage vers autre chose, ce que nous en ferons, peut-être plus de liberté et plus d’amour inconditionnel.

En s’aimant soi, nous découvrons que nous sommes fécond et plein de surprises. Nous pouvons nous apprécier, nous estimer, nous respecter, reconnaître notre existence comme valable et digne d’être vécue.
Je suis d’accord, c’est un chemin de vie et une voie. L’amour, comme toujours y est au centre. Car personne ne peut vivre sans ressentir ce qui est un élan à être, à vivre au meilleur de la joie, à se dépasser et à donner sens.

Bien sûr le sujet n’est pas clos : il reste deux portes : aimer les autres et aimer le monde….vaste sujet ! Vous le voyez il y a encore de quoi disserter largement mais ce sera pour une autre fois.

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5 commentaires sur “Que veut dire s’aimer soi?

  1. Une petite parenthèse en ce qui concerne aimer le monde dans l’action, ou, peut-être plus exactement, prendre soin du monde.

    Par une belle soirée d’ été, je me promenais dans un village et je vis une pancarte fixée au mur. Il y était écrit:

    CHERCHE …
    – un électricien pour rétablir le contact entre les gens.
    – un opticien pour changer le regard des gens vis-à-vis des autres.
    – un artiste pour dessiner un sourire sur tous les visages.
    – un maçon pour bâtir la paix.
    et enfin …
    – un professeur de maths pour réapprendre à compter les uns sur les autres.

    J’ajouterais à cette pancarte que la préférence de choix ira aux artisans capables d’agir avec amour et bienveillance, sans tenir compte de leur propre profit, et à ceux qui ont le goût de la découverte et de l’imprévu.

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