Y-a-t-il une différence entre intention et motivation?

Rien de ce que nous faisons n’est dénué d’intention, qu’elle soit consciente ou non. Nous agissons avec un but orienté par une intention qui en est la partie cachée et néanmoins la plus essentielle.Par la qualité d’attention à nos intentions nous orientons le résultat d’une action. La qualité de notre intention dépend de notre état de conscience, du lien que nous faisons entre nous, notre état intérieur, et notre action, son résultat extérieur.
On pourrait dire que l’intention structure l’énergie dans un champ donné et lui permet d’être efficace.
Comme le rappelle cet adage dont j’ai oublié l’origine : il n’y a pas de bon vent pour qui ne sait où aller.

L’intention consciente et nourrie d’émotions positives enclenche un mouvement de mise en route vers la destination visée. La formulation sentie et précise de l’intention aide à trouver un appui si on doute ou à ré-orienter si nécessaire ses objectifs.
Il y a là bien sûr de quoi travailler et s’entraîner. C’est ce que les coachs, accompagnants ou créatifs savent interroger chez leurs clients ou patients et savent soutenir qu’on pourrait résumer comme : avant d’agir, connais la ressource d’une intention bien dirigée, avec laquelle être en adhésion positive.
Dans la spiritualité, nous savons qu’il est toujours bon d’interroger l’intention avec laquelle nous faisons les choses, de l’examiner, de l’éclaircir, de la réajuster, que celle-ci nous donne des indications sur notre état d’esprit et les conséquences de nos pensées et de nos actes.

L’ intention crée une connexion émotionnelle avec le but. Elle en est le carburant ou pour dire les choses autrement l’inspiration et l’énergie qui aideront à atteindre le but visé, à dépasser les obstacles qui se présenteront.

Du point de vue de la pratique, nous parlons volontiers de motivation. Y-a-t-il une différence entre intention et motivation?

La motivation s’inscrit dans un champ plus vaste que l’intention. Elle est une adhésion du coeur-esprit plus radicale à la nature de la réalité.
Elle implique que l’essentiel n’est pas le résultat cherché mais justement l’abandon à l’énergie de la motivation elle-même.
La motivation spirituelle a pour visée le bien des êtres, ce qui va au-delà de ses propres buts personnels. Elle les contient en même temps bien sûr, il ne s’agit pas de s’exclure de son propre champ de bienveillance au profit des autres qui seraient meilleurs que nous.  Simplement, la motivation n’est pas centrée sur les réalisations strictement personnelles. Ainsi  il y a dans la motivation une idée d’échange de soi avec autrui, une idée de décentrage qui vient de la compréhension de l’interdépendance, de la non séparation des intérêts de soi et d’autrui.
Les intérêts communs ici étant que chacun cherche le bonheur et veut éviter de souffrir. Nous sommes bien d ‘accord que ces affirmations d’intérêts communs semblent d’une part universelles mais sont d’autre part totalement subjectives aussi nous avons besoin constamment de suspendre ce que nous disons, faisons, engendrons pour nous reposer la question du bien fondé de nos actions.
La motivation est la capacité de revenir au refuge de l’esprit en approfondissant sa compréhension et sa pratique pour savoir mieux repartir. Le chemin est jonché de remises en question, et s’il y a un sens à la quête c’est celui-ci, celui d’une remise en question permanente, d’un examen aiguisé des points qui nous aveuglent.

La motivation réunit le cœur et l’esprit dans une visée commune dont le but essentiel est la compassion envers autrui, plus que la réussite personnelle.
Elle questionne la qualité altruiste de nos intentions : est-ce que cette action est juste pour moi seulement ou pour les autres aussi? est-ce pour le bénéfice de quelques uns seulement ou pour un plus grand nombre? est-ce pour maintenant ou dans une vision à plus long terme?
Avec l’intention nous restons souvent à notre propre place, c’est déjà bien de savoir ce que l’on veut, ses buts et objectifs dans sa propre vie.
Avec la motivation nous changeons de place, nous nous mettons à la place de l’autre, des autres et fondamentalement le but est toujours d’aider à libérer la souffrance, à apaiser les craintes, à donner une aide essentielle où l’autre est acteur plutôt que simple receveur. Pour cela nous avons besoin de connaître des moyens, sagesse et moyens se déploient ensemble au coeur de la motivation.

La motivation a un effet moteur puissant pour nous même aussi puisque prenant conscience qu’elle est une aspiration du coeur sincère mais difficile à réaliser, nous ne nous contentons pas d’y penser mais nous comprenons la nécessité de nous y entraîner. Se rappeler activement sa motivation est savoir se ressourcer à l’enseignement lorsque nos bras de bodhisattva tombent en mille miettes, savoir renouveler ces voeux impossibles et cependant les seuls qui n’enchaînent pas aux états samsariques.

Nous ne faisons que lire et redire encore et encore dans les textes ces souhaits de réalisation et de revenir à la source de leur moteur initial, la nature de l’esprit.

Chaque matin, là où nous sommes,  nous pouvons rafraîchir nos souhaits, notre motivation, notre détermination à cheminer avec ce sceau du coeur dans la vie quotidienne, dans la simple journée d’aujourd’hui. C’est déjà un grand voyage!

Le rappel de la motivation est comme la boussole de l’esprit compassionné qui réactive la joie, l’élan à se dépasser dans la bienveillance sans attente, à savoir que l’on peut parfois aller au-delà de ses limites autocentrées habituelles et s’en réjouir. Et si on n’y arrive pas, on recule d’un pas pour mieux voir ce qu’on avait perdu en route et pouvoir se remettre dans la bonne direction de son aspiration.
Ces expériences renforcent notre désir d’étudier, de comprendre, de mettre en pratique et d’incarner ce que nous avons appris et dont nous sommes fondamentalement convaincus. Car sans cet effort en amont la motivation reste vaine. Le développement de la motivation est nécessairement celle d’une énergie qui ne compte pas ses efforts et même, en fait, avec enthousiasme.
Ne rien faire a toujours comme bénéfice secondaire le confort de l’absence d’efforts et le renforcement de ses certitudes, même lorsqu’elles nous pourrissent la vie.
Aussi une motivation est, comme son étymologie l’indique, la capacité de bouger, de rester attentif aux qualités du coeur, de faire un pas en premier plutôt que d’attendre que les autres le fassent pour sortir de son cocon.
Par exemple, si notre intention est de ne pas blesser l’autre nous verrons que cela ne suffit pas, que nous serons très vite rattrapé par nos propres tendances.
La motivation réelle ferait l’effort de se demander : quelle est la difficulté de cette personne qui allume par exemple la colère en moi? alors je pourrai être un peu plus à son écoute.
Je saurai aussi que ce que la compassion me dit à travers ma motivation c’est que les qualités de l’esprit font qu’il est naturel d’être ouvert et bienveillant envers quiconque et si je n’aime pas un tel ou me met en colère systématiquement contre un autre c’est que je ne les vois pas comme ils sont vraiment.
Bien sûr nous pouvons avoir des préférences ce n’est pas la question, le propos est de nous rappeler que les qualités foncières de l’esprit sont qu’il est naturel d’être bienveillant envers tous. Et que si nous ne le sommes pas, ou plus, nous devons faire l’effort de retrouver un chemin au-delà de nos projections et de leurs histoires. Là encore la motivation et notre engagement envers celle-ci est un précieux guide pour ne pas nous culpabiliser mais avancer.
Il y a donc dans l’exercice de la motivation altruiste une possibilité d’améliorer notre vie relationnelle mais également un enseignement profond qu’il est bon de ne pas oublier.
Bien qu’elle soit une aspiration du coeur, la motivation nous demande bien souvent de nous arrêter pour réévaluer la situation. Elle nécessite selon les situations des efforts redoublés et un entraînement continu avec nos propres obstacles, nos propres freins, nos propres projections.

 

 

 

 

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Un avis sur “Y-a-t-il une différence entre intention et motivation?

  1. blessures paranoïdes
    inter-projectionnel à découper au couteau
    voir ça et ne pas être réactif
    c’est déjà un pas pour le bien des êtres
    s’approcher de soi et des autres en toute compassion
    c’est très difficile mais pas impossible
    cela demande beaucoup authenticité
    c’est certainement cette intention d’authenticité qui nous effraie
    qu’est-ce qu’il y a aux confins de ce mot
    y a-t-il encore un sol où poser ses pieds
    c’est une autocritique
    je ne suis pas authentique

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