chasseurs de silence

Qu’est-ce que méditer? régulièrement nous avons à définir ce qu’est la méditation, à une époque où tout le monde en fait et en même temps rien de plus flou selon les publics et les approches. C’est toujours un bon exercice de se demander comment expliquer cela à un enfant de huit ans par exemple, en tant qu’exercice didactique pour soi et entraînement à la parole claire pour les autres aussi. Je vais commencer comme cela mais ensuite nous admettrons que l’enfant devient un adolescent, etc.

Méditer c’est simple en fait mais l’expliquer requiert de la subtilité. D’abord tenir compte des idées reçues, telles que : méditer c’est se débarrasser de ses pensées, faire le vide, trouver un état de bien-être absolu, avoir des pouvoirs qui permettent d’échapper à tout. A l’opposé, la méditation peut devenir un joujou distrayant, une sorte de flatterie sensorielle, surtout si nous y adjoignons quelques accessoires, style bols, cristaux et tutti quanti.

Méditer c’est d’abord s’arrêter de faire ce que l’on fait et faire une pause, se poser dans un endroit où l’on ne sera pas sollicité par toutes sortes de dérangements. On éteint son portable, on range son ordinateur, on décide de décider d’entrer dans un temps privilégié et essentiel pour soi. On lâche ses joujoux. Et là peut-être commence la première difficulté : l’identification aux gratifications sensorielles immédiates même si elles créent un stress de fond. Vouloir tout savoir tout de suite dans des connexions qui déconnectent sans cesse. Mieux vaut se brancher sur le courant incessant de l’instant en lâchant le bruit inutile et usant. Serions nous devenus des prolétaires de la communication, avilis au tactile décharné? je n’ai pas de réponse, d’autant plus que moi aussi j’utilise la technologie ambiante. Cela n’empêche pas de réfléchir à son utilisation.

Donc on s’arrête. On se pose sur une chaise ou un coussin ou ce qui nous convient, à partir du moment où le corps est à la fois détendu et garde sa tonicité car méditer ce n’est pas dormir mais être plus éveillé dans la détente de l’instant.

Une fois ainsi posé, nous pouvons commencer à relâcher les tensions et diriger notre attention pour recueillir les ressentis de l’expérience, prenant conscience que ces ressentis sont toujours présents dans la continuité non solidifiée de l’expérience.

Ressentir, scanner le corps pour sentir l’attention nue et dégagée se poser sur la simplicité de ce qui se passe. Inutile d’interpréter et si c’est le cas nous sommes déjà dans la phase suivante qui est reconnaître les pensées qui commentent, qui jugent, qui lèvent des émotions etc.

Nous les reconnaissons alors, les observant sans jugement, et si jugement il y a nous observons le jugement, etc. bref nous voyons qu’observer a lieu dans un espace intérieur que nous apprenons à discerner comme de plus en plus flexible. Nous pouvons aussi apprécier la richesse de l’expérience que nous sommes car nous sommes tout cela, il n’y a donc rien à jeter, à exclure, à condamner. C’est la bienveillance fondamentale, la connaissance directe à travers la chair de l’esprit que nous sommes déjà dans ses mouvements féconds. Sauf que la plupart du temps ces mouvements lorsque nous sommes pris dedans sont des turbulences, de l’agitation solidifiée, à laquelle nous nous identifions et dont nous essayons de nous dépétrer avec les mêmes moyens que ceux qui nous ont piégés. Plus on essaie de se sortir du filet plus on s’emmêle dedans.

La méditation permet aussi de voir comment on s’empêtre, comment on répète et on renforce des attitudes de souffrance. Là comme tout enfant qui grandit nous commençons à réaliser les souffrances de l’identité dans les relations à soi, aux autres, au monde. On s’interroge, on se questionne, on est curieux, on a envie de prendre des risques, de voyager, d’agir pour dépasser ses limites et donc les connaître. Tout ça dans un brouhaha intérieur et extérieur où il est parfois difficile de discerner le bon chemin à prendre.

Méditer c’est observer sans juger et reconnaître ce que nous sommes.

Méditer est un voyage qui, comme tout voyage, est difficile à raconter car en partant vous allez rencontrer diverses facettes de vous même, en ombres et clartés, divers épisodes, diverses mémoires vont peut-être se déverser ou bien d’autres expériences inattendues vont s’offrir à vous. Car méditer est aussi lever les résistances qui ne résistent pas à l’océan que vous êtes, d’autant plus que ces résistances sont par nature insubstantielles malgré leur force de manipulation.
L’espace que vous découvrez vous l’êtes déjà fondamentalement, et il emporte toutes les saisies, les blocages, les stratégies d’évitement sur son passage, si vous lâchez la peur de vous découvrir. Un peu comme l’océan emporte les barrages, ou le ciel déménage les nuages tout en restant ciel à travers les nuages aussi.
Où commence le ciel ?, où finit-il?
pour le savoir levez les yeux, prenez quelques minutes, ressentez, observez, reconnaissez, sachez directement dans l’expérience affiner la nature de ce qui voit et de ce que vous voyez. Cela prend du temps, nécessite de l’entraînement.

On peut toujours s’arrêter dans la méditation, comme dans un voyage ou comme le héros d’un conte, le but est peut-être juste d’aller mieux ou d’avoir une activité qui vous calme en vous reliant à d’autres. Quelque que soit votre motivation du moment, celle-ci peut aussi évoluer. Méditer est simple mais c’est comme voyager, on peut décider juste d’aller là puis voir qu’on peut aussi aller là et là et finalement on prend goût à la découverte, on est plus audacieux au fur et à mesure de ses découvertes on voit qu’autre chose en nous se met en route. On se renseigne, on est curieux, c’est notre propre sagesse qui prend le relais, nous soutient, crée des synchronicités, où le coeur adhère à aller plus loin, plus en profondeur.
Le héros peut se mettre en route pour vouloir juste un peu d’argent, un autre peut vouloir juste une belle demeure et un autre vouloir plus encore, l’or, dont dépend tout le reste. Il peut vouloir connaître la source plutôt que de profiter simplement de ses bienfaits, quitte à traverser des déserts encore plus grands.

La motivation est quelque chose qui évolue. En nous mettant en route, nous prendrons le risque de l’inconnu, l’inconnu de soi, des autres, du monde, de l’esprit. Méditer est une aventure de la conscience, de l’être que nous sommes en complexité et en résonances, en silence et en action.

Méditer nous change car nous nous en remettons à la vraie nature de l’esprit qui nous précède, précède la saisie d’un soi, et dans laquelle le soi pourra se vivre en résonances créatives. Aller à la rencontre de la vraie nature de l’esprit, vraie parce qu’elle ne dépend pas de nous, de notre décision ou volonté, parce qu’elle nous précède et nous décède.

Méditer est mourir à l’illusion pour naître à la vraie nature de ce qui est, sans sombrer dans le nihilisme qui nous guette déjà ni la récupération d’une nouvelle tentative de solidification puissance dix.

Méditer est une aventure, comme tomber dans l’arbre de l’instant et voir les faces cachées du monde, les trames, les racines, qui pourtant étaient déjà sous nos yeux.

Traquer les mauvaises habitudes, les aveuglements cognitifs, les pensées plates et sans volume, les certitudes monocordes, les imaginaires de clones, les dérèglements émotionnels et dépendances, les réconciliations à faire, est l’entraînement des chasseurs de silence agissant, ceux qui traquent par le rappel, la bienveillance juste et sans concession la clarté aiguisée qui se donne dans l’assise.

 

 

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