zoom sur l’instant

Etre présent à l’instant, revenir à l’instant, être dans le moment présent, ce sont des formulations que nous entendons souvent comme l’évidence de ce qu’est l’instant.

Mais qu’est-ce que l’instant?un point, un point à la jonction de multiples mandalas.
Un point qui contient des mondes dans des mondes dans des mondes, à l’infini intemporel. Un point qui est détonateur d’un déploiement de conscience très en volume, fondamentalement aussi vaste et insaisissable qu’est l’espace. Mais quelle idée vous faites-vous de l’espace ?c’est toute la question. Les idées que l’on se fait peuvent ouvrir à l’expérience ou nous y fermer. Les idées ne sont que des points sur les i indécis de l’instant, à nous de ne pas nous laisser leurrer par nos croyances et de mettre le point sur le i d’invitation à faire l’expérience par nous-même. Cela semble une évidence, et être simple mais la simplicité n’est pas toujours ce qu’il y a de plus facile. Aller d’un point à un autre semble facile. Vous pouvez décider d’escalader une montagne, il suffit de monter en haut et réaliser que cela semble simple en théorie mais en réalité c’est plus difficile qu’il n’y paraît. C’est la différence entre se faire des idées et faire l’expérience. Donc parfois les idées aident et parfois pas, ne les prenez pas pour argent comptant, vérifiez.

Un point qui a la capacité de zoomer sur lui-même, tel est l’esprit dans sa puissance multidimensionnelle. Un point de suspension qui contient virtuellement tous les autres : point de départ, de rassemblement, d’interrogation, d’ouverture et d’émerveillement, point d’arrivée et de pause, de détente où goûter la multiplicité de ces dimensions. Et encore cela n’est qu’une dimension, il y en a bien d’autres.

La méditation nous ouvre à la réceptivité à tous ces champs. Certes nous touchons vite la limite de cette sensation possible d’expansion et de réceptivité sans limites par le fait même que nous pensons l’instant comme vide de tout et souvent plein de soi agité. Pour résumé, notre vision confiné à ses deux dimensions, voire trois ne peut que revenir sur elle-même pour se valider sans cesse dans ses impasses, cela s’appelle tourner en rond dans son carré. Revenir à l’instant serait alors se couper de tout ce qui dérange et inconforte  plutôt que de s’y ouvrir pour laisser cela aller en libre circulation, cela étant la danse des énergies en présence, sans nécessité de les classer car elles ont leur propre dynamique d’apparition et de disparition. Laisse la confiance épandre son souffle de lâcher-prise en l’instant démultiplié et virtuellement relié à la structure magique du vivant. Et tout cela se vit en un point, sobre et silencieux qui vide le grenier de ses poussières à regrets, de ses tendances à saisie, de ses inquiétudes récurrentes sur être ou ne pas être.

De façon didactique, l’instant n’est qu’un prétexte pour éveiller l’attention déjà focalisée et en tension vers un mouvement libre et dégagé, celui de la respiration. L’instant n’a pas plus d’importance que le passé et le futur qu’il contient et relativise par définition conceptuelle. Certes le fruit peut abolir l’arbre quand on ne voit que lui mais au final il s’y interdépendanse de nouveau, une danse de vie/mort/vie.

L’instant est l’opportunité de se rendre réceptif à la respiration qui contient le mouvement du point qui se déploie, flux et reflux du petit pois très sensible qui chatouille de l’intérieur, traversant les matelas de l’ego pour nous parler d’aller de l’autre côté, ici même, au coeur de notre coeur vide et clair, et vivant et sensible.

Justement en parlant de princesse au petit pois, imaginons que ce point minuscule soit un petit pois qui passe par la droite frissonnante de notre colonne vertébrale et se balade dans les interstices de notre peau, les allées de notre sang, de la lymphe à l’urine et le reste, en passant par la structure osseuse et les organes aux couleurs et aux textures propres jusqu’aux cellules et jusqu’au rien de tout cela. Imaginons ce petit pois de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, transparent et vibrant d’un son primordial à l’immédiateté sacrée. Laisse le son vide épandre ses résonances et voyager de sa propre initiative – n’interromps pas la libre expression de l’horizon.

C’est un petit pois très curieux, que vous commencez à ressentir à la base de votre assise. Vous devenez très sensible lorsque vous vous laissez attraper et toucher par la peau de votre âme, de votre être profond, de votre nature essentielle. Ce que l’on souhaite éviter commence à se produire : il y a un petit pois de lumière qui se balade à a frontière de l’existence et nous avons quelque chose à voir avec lui. La métaphore a plus de sens qu’il n’y paraît : le petit point a de multiples fonctions, de petit point il devient petit pois qui devient goutte et se fond à la chaude lumière du coeur pour réapparaître dès que l’esprit s’y relie à nouveau dans des formes qui portent en elles l’invisibilité qui les fonde . La forme est vide – le vide est forme – autre que forme il n’est de vacuité – autre que vacuité il n’est de forme dit le coeur de la prajnaparamita

Nous sommes liés à notre nature profonde par un petit pois d’éveil, la tête d’épingle de bodhicitta qui perce les cuirasses. Sous le matelas du coussin, nous commençons à nous attendrir, à lâcher la dureté que nous avions développé pour échapper à la souffrance du monde, la rejeter, la tenir à l’écart. Quoique la tentation soit grande aussi de s’y vautrer, de s’y détruire, de s’y anéantir, comme s’il fallait choisir entre être et ne pas être. La blessure d’un petit pois est vive et au final elle déchire. Elle déchire ces deux tentatives extrêmes.

Sensible n’est pas sensiblerie, sensible n’est pas fragile, sensible est se laisser toucher, sans peur et sans arrogance, avec la force d’une conscience lucide, nue et dégagée. Alors le monde apparaît, nous le prenons vraiment en pleine face, plutôt que de lui tourner le dos. Méditer face au mur de l’ego jusqu’à ce que le mur disparaisse en même temps que s’évanouit ce qui saisissait les distances pour justifier l’indifférence.

Mettre l’ego au pied du mur de l’éveil
Juste un instant où perdant pied tu réalises l’or
du monde à tes yeux révélés en quelques fractions de secondes – c’est l’or du coeur ajusté à la clarté de l’esprit déroulant ses plongées de mandalas infiniment intemporels – ton esprit a plus de volume que tu ne crois – lâche les deux dimensions et laisse toi aller à la liberté qui t’emporte et te porte à ta propre ouverture – à tes propres résorptions et apparitions puis disparition et apparition de nouveau le temps d’un inspir le temps d’un expir –

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2 thoughts on “zoom sur l’instant

  1. Merci,
    c’est vrai que les tuiles vertes de peur sont souvent limite, voire au-delà limite pathologiques dans mes plus beaux villages de France
    Fractures fractales et laisse la trame pathologique se dénouer d’elle-même
    La thérapie, c’est pendant, sur le coussin
    des brumes solides se lèvent souvent sur l’horizon proche/lointain
    blessures devenues émotions pathologiques au fil de l’instant présent que l’on interprète par ignorance comme étant du temps
    Merci pour ce don, ce travail thérapeutique que je reçois
    J’ose espérer que ma défensive solidité en forme de muraille se fissure
    Merci LN.WANGMO

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  2. Je lis le texte, je me ballade dans la terre, l’eau, le feu, l’air, l’espace, la conscience. La terre est en moi, je sens l’élément terre en moi, la terre est à l’extérieur de moi. L’eau est en moi, je sens l’élément eau en moi. L’eau est à l’extérieur de moi. Le feu est en moi, je sens l’élément feu en moi. Le feu est à l’extérieur de moi. L’air est en moi, je sens l’élément air en moi. L’air est à l’extérieur de moi. L’espace est en moi, je sens l’élément espace en moi, l’espace est à l’extérieur de moi. La conscience est en moi, je deviens conscience. La conscience est à l’extérieur de moi. Il n’y a plus ni intérieur, ni extérieur nous dit Wangmo dans une méditation. Les éléments, qui me constituent, ne sont que des emprunts que je rends, puis … que j’ emprunte à nouveau. Je réalise l’instant, l’instant du moment, l’instant de l’éternité. Dans cette immensité familière, je sens une petite sphère toute ronde, toute douce, toute lumineuse au cœur de mon cœur. Je me laisse bercer au son d’une musique enveloppante.

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