N’utilise pas les conditions adverses

« Utilise les conditions adverses » est une maxime de l’entraînement de l’esprit, Lodjong. Cette maxime nous invite à intégrer dans notre pratique toutes les conditions, même adverses. On pourrait reformuler cette maxime sous la forme n’utilise pas les conditions adverses comme prétexte à tes désistements, à tes lâchetés, à tes inconséquences. Nous parlons de la pratique bien évidemment et de l’effort, de l’énergie que nécessite tout changement authentique et surtout nous parlons d’intentions et de motivations à se sentir responsable de ses engagements de bodhisattva, s’il y a. Nous parlons de la pratique de la méditation mais c’est une attitude qui peut se rencontrer partout, à vous de faire les parallèles et les symétries adéquates.

La tendance à justifier ses démissions au coussin, aux sessions, aux engagements en invoquant l’impermanence comme prétexte ultime ou la disparition d’hello kitty au petit-déjeuner ou un pet de travers qui bloque la pédale de l’auto – alors qu’on était en route pour une joyeuse session de casse-dogme – ou les futurs manques à venir ou toute autre embûche réelle ou simulée, peu importe, dont le mental aura à coeur de s’emparer, comme l’enfant qui ne veut pas aller à l’école parce qu’il n’a pas fait ses devoirs, est au regard de la vérité le premier mensonge à traquer.

Si l’enfant est excusé, pas nous. A moins que nous ne voulions régresser dans un individualisme forcené et inconscient de lui-même quand ça nous arrange, la tête sous la couette d’un soleil éteint, on pourrait tout aussi bien être une autruche ou un paresseux. C’est vrai que nous en avons aussi le potentiel. Je vous l’accorde la régression peut être amusante quand elle n’a pas de conséquence autre qu’un relâché de tensions, mais si vous avez dealé avec le crocodile de l’éveil dont la mission est de ne pas vous lâcher alors vous êtes dans de beaux draps comme on dit. Un exemple de crocodile de l’éveil? facile : l’aspect de soi qui en lisant ces lignes est dégoûté de s’y reconnaître, ou l’aspect de soi qui ne voit pas de quoi on parle, ou l’aspect de soi qui se rappelle vaguement quelques souhaits altruistes. Facile! sa présence c’est vous même qui l’avez fait naître dès que vous avez commencé à vous remettre sérieusement en question. Par la pratique vous nourrissez cet aspect de sagesse inattendu à la compassion tonique et sans concession. Acceptez de regarder cela en face et de vous laisser secouer. Cela vous montrera combien vous êtes flexible et fiable plutôt qu’inconséquent et superficiel.

En amont des quatre vérités anoblissantes, il y en a une de vérité à examiner régulièrement lorsque la démission se pointe : qu’en est-il réellement de ce que j’appelle motivation? la motivation est ce qui donne le ton de mon authenticité. « Qui suis-je ? » pourrait très bien se raccorder à « quelle est ma motivation? », le fond de toute motivation étant, consciemment ou inconsciemment de se relier à sa vérité, à son authenticité, à son coeur, pas à ses défenses. Même si la raison est forte à justifier les replis de l’ego.

Pouvoir se dire la vérité et assumer qu’il n’y a pas de justifications qui tiennent, et surtout les lâcher, met l’esprit face à ses peurs et au miroir du karma, fait de justifications qui dédouanent de toute implication. C’est un lâcher pour un trouver : une énergie de confiance originelle peut se lever à l’aube de soi et regarder autrement l’instant. Réaliser que nos intentions et motivations conduisant à l’action ou à sa rétractation auront des fruits, inévitablement, est une chance! Ces fruits pouvant être encore de plus gros voiles sur l’esprit, ne vous attendez pas forcément à une pluie de sauterelles dans votre jardin. Quoique. Même dans notre vie quotidienne la tendance à nous justifier est un mécanisme de peur et de faiblesse. Etre responsable c’est assumer ses démissions et leurs conséquences, c’est aussi raffermir la joie d’exercer sa propre liberté d’engagement.

Dans ce face à face à la motivation, Il y a là enfin un peu de dharma authentique, le reste étant peut-être du gros bluff, histoire de se donner bonne conscience, d’édifier les remparts de sa vie privée non privé d’un ego privatif qui s’y entend pour échafauder des montagnes de problèmes. On ne peut transpirer le mensonge et faire croire à son innocence. Personne n’est dupe des litanies qui entérinent encore un peu plus la dualité censée être débusquée. Le comble pour un pratiquant est d’utiliser les enseignements pour créditer le bunker de son ego et ses offensives. Alors que c’est justement la première chose qu’il doit suspecter.

Ne crois pas ce que tu penses, sois le premier à te méfier de tes propres justifications est le miroir que nous tend la pratique. On est loin du bien-être tant prisé mais on est proche de la lucidité bienfaisante, décapante et libératrice à long terme. Pas si long que ça car les effets d’un coeur vaillant qui ne s’est pas laissé manipuler par ses peurs sont toujours immédiats.

Sur le coussin on ne se la raconte pas. Pas sûr ! mais quand même, si on persévère, à l’écoute de l’enseignement si précieux éveillant notre propre sagesse, on devient un peu plus humble et reconnaissant, pour peu évidemment qu’on ne soit pas en train d’échafauder des plans sur la comète de ses prochaines vacances ou de dormir dans  l’agitation limbique de son cerveau déboussolé. Face au karma, on prend conscience de l’importance des intentions et des motivations car elles créeront ce que nous allons rencontrer. Je vous laisse faire les parallèles et les symétries adéquates. Et si jamais vous sécher, venez à un enseignement !

La bonne nouvelle est qu’il est possible de changer ses vieilles habitudes antédiluviennes quelque soit leur provenance, souvent transmises, mais pas que, dans l’éducation, la société, la vie collective et globalisée, les adultes étant malgré eux les premiers devant leurs chères petites têtes blondes, à prêcher le faux pour, en fin de compte, éluder la vérité. Mentir devient une seconde nature, à soi, aux autres, pour tout et pour rien, alors après il devient difficile de ne pas continuer ces scénarios qui sapent, à moins de voir qu’un chemin libérateur passe par leur effondrement.

Alors par quoi devons nous commencer ?

Dans l’entraînement de l’entraînement de l’esprit du pratiquant, voici quelques devises flash des Racines de la présence, à chanter sous la douche de bon matin comme rappel et si vous oubliez, demandez à votre crocodile d’éveil, il se fera un plaisir de sauter sur l’occasion :

  • Ne refoule pas la vacuité
  • N’utilise pas les conditions adverses comme prétexte
  • Ne sépare pas ta motivation de l’action
  • Ré-examine tes intentions à la lumière des obstacles dépassés
  • Lâche les rôles qui te donnent bonne conscience
  • Apprends dans le miroir du dharma à te dire une autre vérité que celle à laquelle tu t’es habitué
  • Décide de décider de ne plus nourrir tes lâchetés et réjouis toi de t’en rappeler à la première occasion
  • Connais toi comme ce que tu n’es pas encore
  • Meurs avant la mort et libère-toi de tous les regards traumatisants dont tu es dépendant, le tien en premier
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